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Vœux à la presse de François Rebsamen

© mlb

Voir en vidéo les vœux à la presse de François Rebsamen, président du groupe socialiste le 24 janvier dernier.

 

 

François Rebsamen

Vœux à la presse Jeudi 24 Janvier 2013

Seul le prononcé fait foi

 

Mesdames et messieurs les journalistes

Chers amis,

Permettez-moi d’ajouter aux très nombreux vœux que vous avez déjà reçus, les miens et ceux de tous les Sénateurs socialistes.

Nous vivons des temps difficiles, les bonheurs familiaux et personnels en sont d’autant plus précieux. Je souhaite donc qu’ils soient nombreux pour vous, pour vos proches et ceux que vous aimez.

Je pense aussi à cet instant à nos soldats qui combattent sur le sol malien et à nos otages pour lesquels le premier vœu à formuler est que leur vie soit préservée.

Mes pensées vont aussi à votre confrère Yves Debay, lâchement assassiné le 18 Janvier à Alep en Syrie, portant à 17 le nombre de journalistes tués en Syrie et à 89 ceux tombés en 2012 dans l’exercice de leur métier.

Je vous souhaite aussi une belle année professionnelle.

Je ne doute pas que nous, les responsables politiques, saurons vous fournir suffisamment de matière pour qu’elle soit passionnante… !

Le secteur de la presse est lui aussi touché par la conjoncture actuelle, mais surtout par les profondes mutations des moyens de communication et les évolutions qu’elles ont entraînées dans le lectorat et les audiences.

Les réformes annoncées par le Président de la République lors de ses vœux à la presse montrent sa vigilance sur le sujet et sa volonté d’apporter des réponses efficaces aux problèmes de ce secteur.

Si la liberté d’expression est l’un des fondements de la Démocratie, les Médias en sont un des outils majeurs. Les Sénateurs socialistes sont et seront donc très attentifs au respect et à la préservation de leur pluralisme et de leur diversité.

 

Chers amis, ce qui me frappe en ce début d’année 2013, c’est à quel point la vie politique est « imprévisible ».

Début Janvier, outre les marronniers habituels sur les intempéries, les régimes post agapes des fêtes, le début de la grippe hivernale, l’actualité politique et médiatique portait sur la réconciliation à l’UMP, le recrutement d’un nouveau conseiller en communication à l’Elysée, la baisse de popularité du couple exécutif, les doutes sur la capacité de François Hollande à décider en Chef d’Etat… etc..etc...

L’évènement attendu le 11 Janvier était la signature de l’accord sur l’emploi entre les partenaires sociaux.

Mais ce jour-là, c’était imprévisible , le Président de la République, agissant avec rapidité, sans tergiversation en chef d’Etat déterminé, décidait l’intervention de la France au Mali.

En prenant cette décision, François Hollande s’est montré imprévisible  pour tous ceux qui, ne le connaissant pas, doutaient de sa fermeté, de sa ténacité, de sa volonté irréductible.

Pour moi et pour ses proches : c’était prévisible.

François Hollande écoute, il dialogue, puis il décide et s’y tient solide, déterminé, obstiné, « impavide » comme on l’a dit au sujet du mariage pour tous, comme il l’a fait en envoyant l’armée française au secours du Mali.

Je note d’ailleurs que les Français ont vu dans les jugements négatifs des médias sur le caractère soit disant hésitant et « flou » du Président de la République, une « certaine hostilité » …. En tout cas une plus grande hostilité que vis-à-vis de Nicolas Sarkozy durant les 8 premiers mois de son mandat….

A partir de cette date du 11 Janvier 2013, tout ce qui n’est pas essentiel est devenu dérisoire puisque chaque jour nos soldats risquent leur vie pour défendre nos valeurs en luttant contre les terroristes qui menacent non seulement un pays ami, le Mali, mais également toutes les démocraties et que ce qui doit prévaloir, c’est la solidarité sans faille avec le Chef de l’Etat, le soutien à nos soldats et le refus de polémiques inutiles.

C’est pour cela que j’ai refusé de répondre à vos nombreuses demandes de réaction à l’annonce du Président sur le non cumul des mandats.

C’est pour cela que l’accord des partenaires sociaux sur l’emploi doit être salué par la gauche comme exemplaire pour faire reculer le chômage, apporter sécurité aux entreprises comme aux salariés, plutôt que de donner lieu à des arguties de comptage sur le nombre de syndicats l’ayant signé.

Imprévisible , le déroulement de notre intervention au Mali l’est aussi, sa durée, ses conséquences.

A contrario, ce qui était prévisible,  c’est ce qui serait advenu du Mali si nous n’étions pas intervenus : le Mali serait aujourd’hui un pays otage des terroristes avec des otages !

Comme le dit le proverbe, « la politique c’est gérer l’imprévisible », et à cet égard pour la suite de l’intervention au Mali, le talent politique de François Hollande est un élément très rassurant.

Imprévisibles , l’adjectif s’applique aussi aux votes du Sénat en 2012, où des majorités fluctuantes se sont substituées à la majorité sénatoriale, résultat d’alliances aussi inattendues qu’incohérentes entre les deux extrémités de l’hémicycle, pour rejeter des projets de loi présentés par le gouvernement.

Il faut donc en tirer les leçons et regarder les choses en face, ne pas faire comme si ….

Il n’y a pas de majorité sénatoriale.

Dans l’euphorie du basculement du Sénat à Gauche, de l’élection pour la première fois dans l’histoire de la cinquième République d’un socialiste à la Présidence de la Haute Chambre, l’optimisme avait prévalu.

Certes les socialistes ne sont pas majoritaires au Sénat à eux seuls, et l’ensemble de la gauche dispose d’une toute petite majorité. Mais de septembre 2011 à Mai 2012, son rassemblement avait permis au Sénat non seulement de s’opposer aux projets de loi injustes du gouvernement Fillon, mais aussi d’adopter des propositions de loi, je pense notamment au Droit de vote des étrangers, qui préparait la victoire de François Hollande en montrant aux Français ce que pouvait être l’action d’un gouvernement de gauche.

On aurait pu penser que la victoire de la gauche aux présidentielles allait renforcer ce rassemblement pour permettre au Sénat d’accompagner en tant que législateur l’action du gouvernement pour redresser notre pays.

Mais l’imprévisible s’est produit  : depuis l’élection de François Hollande à la Présidence de la République, les choix des sénateurs communistes n’ont pas permis le rassemblement de la gauche et donc l’adoption par le Sénat des projets de loi du gouvernement les plus importants.

Je citerai notamment le projet de loi de finances rectificative, le projet de loi de finances 2013, le plus à gauche de ces deux dernières décennies, le projet de loi de financement de la sécurité sociale 2013, ceux qui rétablissaient la justice fiscale et sociale, ceux qui contenaient les mesures qu’ensemble nous avions introduites en 2011 par amendements communs dans les textes de la droite.

Le dernier épisode de cette division de la gauche sénatoriale concerne le projet de loi sur le mode d’élection des conseillers départementaux où les sénateurs communistes se sont abstenus sur l’article 2 du texte qui par le biais d’un scrutin binominal, 1 homme-1 femme, instituait enfin la parité dans les assemblées départementales, connues pour leur très faible taux de présence d’élus femmes ! 

Les sénateurs EELV  s’étant abstenus aussi, cet article a été rejeté !

Comprenne qui pourra de la part de forces politiques de gauche qui ont de tout temps réclamé la parité.

Les communistes s’étant également abstenus sur l’ensemble du texte.  Celui –ci a été rejeté. Ce projet de loi qui touche au mode d’élection d’élus locaux, ayant été vidé de sa substance par le Sénat, sera donc rétabli par l’Assemblée Nationale, ce qui est quand même un comble pour la chambre des collectivités territoriales ! 

 

Alors aujourd’hui en ce début d’année 2013, il faut le constater : l’imprévisible devient prévisible : le gouvernement ne dispose pas d’une majorité au Sénat .

C’est un constat que l’on doit faire même s’il était imprévisible et s’il est difficile à accepter et à comprendre dans la situation où se trouve la France.

C’est un constat qui me conduit à lancer un appel à nos partenaires de la gauche sénatoriale : Déjouez ce scénario prévisible, renoncez aux votes imprévisibles et, sans vous départir de la liberté de débat et d’expression, donnez au Gouvernement une majorité sénatoriale, pour que le Sénat, avec la sagesse et la qualité de travail qu’on lui reconnaît, puisse jouer pleinement son rôle de législateur et participer à la vie démocratique de notre pays.

 

 

En conclusion je dirais un mot « prévisible  » - je sais que vous l’attendez tous - sur le non cumul des mandats.

Vous connaissez ma position : je considère que les sénateurs, élus par des élus pour les représenter dans la chambre des collectivités territoriales de la République (article 24 de la Constitution) doivent pouvoir cumuler un mandat exécutif local avec leur mandat de parlementaire.

C’est pour moi une évidence et je ne vois pas comment les Grands électeurs qui sont maires, ou membres d’exécutifs locaux, pourraient confier la mission de les représenter à un autre élu que l’un des leurs.

Si ce cumul est supprimé, une réflexion institutionnelle s’impose sur notre bicamérisme … Et je considère que si l’on veut pousser la réflexion jusqu’au bout, on peut s’inspirer du modèle allemand, le Bundesrat, dont les membres de droit sont les représentants des Länder. Ce qui a en plus le mérite de garantir automatiquement de vraies alternances.

Voilà ma position et je la défendrai le moment venu. Là il n’y a pas d’imprévisible  !

En ce qui me concerne, je ne me préoccupe que des Sénateurs et je ne m’autoriserai pas à m’exprimer sur les Députés.

Un mot sur la soi-disant popularité du non cumul dans l’opinion.

Il est facile, et beaucoup en ont abusé ou en abusent, de se faire applaudir sur des tréteaux en pourfendant le cumul au prétexte du renouvellement de la vie politique.

Je note d’ailleurs au passage qu’une fois élu pour la première fois, la détermination des nouveaux nés du suffrage universel faiblit légèrement…et que les anciens cumulards, comme tous les nouveaux convertis, ont tendance à en faire un peu trop, sans doute en signe de repentance…sans parler de ceux pour lesquels le choix des urnes a tranché !

 

Mais pourquoi s’attaquer uniquement au cumul entre un mandat d’exécutif local et un mandat parlementaire ? Pourquoi passer sous silence le cumul dans le temps et le cumul des fonctions ? Et que dire de l’absence d’un véritable statut de l’élu ?

En réalité le sujet est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

En matière de cumul, les citoyens pensent d’abord à cumul des indemnités. C’est facile de lever cette critique : il suffit d’interdire ce cumul financier qui d’ailleurs est déjà écrêté.

Mais les Français voient aussi dans le non cumul une sorte de sanction pour la classe politique nationale qu’ils tiennent en piètre estime, alors que parallèlement les élus locaux conservent leur bonne image auprès d’eux.

Un peu plus de pédagogie et moins de populisme permettraient un débat plus rationnel…..

Quant à moi, si mon combat en faveur du cumul pour les Sénateurs m’a fait perdre 10 points dans les baromètres, je n’ai jamais rencontré un Dijonnais qui me demande de démissionner d’un de mes mandats et quand, en réunion publique, je fais état de mes deux mandats, cela ne me vaut que des sourires approbateurs ou des applaudissements.

 

Pour terminer, je voulais vous annoncer que le groupe socialiste du Sénat organisera au cours du premier semestre 2013, en collaboration avec la fondation Jean-Jaurès, un colloque pour réfléchir sur la droitisation de la société française.

Je pense que pour mieux réformer et mieux fédérer notre pays, il est essentiel de comprendre les leviers qui conduisent à cette évolution.

Nous pourrons peut-être alors savoir si elle était prévisible ou imprévisible…..

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