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Accueil des réfugiés : intervention de Didier Guillaume

Thématique : Affaires étrangères/défense

Date : 16 septembre 2015

Type de contenu : Débat

M. Didier Guillaume :

Monsieur le président, monsieur le ministre de l'intérieur, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, je tiens à remercier le Gouvernement d'avoir organisé ces débats à l'Assemblée nationale et au Sénat. Ils portent sur une situation dont tout le monde reconnaît le caractère gravissime. Il est donc bon que la représentation nationale soit consultée et informée à ce sujet. Votre intervention a été claire, monsieur le ministre, et je ne doute pas que les réponses que vous apporterez à nos collègues le seront tout autant.

Nous constatons tous que la société est effilochée et fracturée, et que les Français doutent, mais c'est justement parce que la société est dans cet état que nous devons être non pas des commentateurs de la situation, mais bien des acteurs… (Très bien ! et applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain.)

Nous devons tracer la voie et montrer où nous devons aller !

Le débat a été serein et tranquille ; les uns et les autres se sont exprimés, il y a eu des opinions totalement différentes, mais telle est la force de notre assemblée.

Permettez-moi d'évoquer quelques arguments, quelques convictions qui fondent l'action que le groupe socialiste et républicain souhaite mener.

Nous sommes aujourd'hui partagés entre fierté et honte.

Je suis, nous sommes fiers de la France, fiers de notre pays, fiers de l'idéal que nous portons et qui va conduire la France à accueillir des réfugiés.

Je suis fier de ces Français anonymes qui s'engagent dans leur municipalité en disant : « Nous voulons faire un acte de solidarité et accueillir dignement ceux qui fuient les massacres et la barbarie. »

Oui, nous pouvons être fiers de ces maires et de ces communes solidaires : ils se sont immédiatement engagés, sans faire de comptabilité, sans savoir si 1 000 ou 2 000 euros, ce sera trop ou pas assez. De fait, la vie de femmes et d'hommes étant en jeu, nous ne pouvons pas nous comporter comme des experts-comptables, nous devons faire preuve d'humanité. Je le répète : nous pouvons être fiers de ces communes et de ces maires ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain.)

Nous pouvons également être fiers de notre république qui, tout au long de son histoire, n'a jamais hésité à accueillir les réfugiés politiques chassés de leurs pays par les guerres ou les dictatures. Oui, mon cher Raymond Vall, nous sommes fiers d'avoir accueilli des réfugiés espagnols ; les conditions étaient peut-être difficiles, mais ils sont là, vous êtes là et vous aussi êtes la force de notre pays.

Nous pouvons être fiers d'avoir accueilli les boat people

Rappelez-vous ce moment-là, cette migration immense qui a coloré notre pays.

De la même façon, nous sommes fiers d'avoir accueilli les Arméniens qui fuyaient le génocide de 1915, et que leurs enfants et petits-enfants vivent aujourd'hui en France. Je veux tous les saluer, et avoir une pensée pour Charles Aznavour. Hier soir, à 91 ans, il a débuté son concert par sa chanson, Les Émigrants , en l'expliquant et en argumentant en faveur de l'accueil des réfugiés.

Quand on est Arménien, réfugié espagnol, petit-fils de boat people , ou un simple républicain ayant la république chevillée au corps, quand on aime la France, on ne se demande pas où nous en sommes, on se dit que, oui, on a le d'accueillir les immigrés, même si cela est compliqué !

Ce sentiment de fierté, nous pouvons tous le partager.

Cela étant dit, et je le dis très tranquillement, très sereinement, nous éprouvons aussi un sentiment de honte. Cette honte, nous l'assumons aussi.

Honte de ce que certains responsables politiques français ont dit. Pour des raisons peut-être objectives, ou tout simplement par posture politicienne pré-électorale, ils s'engagent sur des voies qui ne sont pas dignes de notre nation et de notre république. S'appuyant sur les instincts et les peurs les plus vils, ils veulent choisir les réfugiés en fonction de leur engagement communautaire, de leur religion... Mais le droit d'asile ne se découpe pas entre religions ! Le droit d'asile est un et indivisible, comme vous l'avez bien dit, monsieur le ministre.

Honte pour ceux qui comparent l'afflux de réfugiés aux invasions barbares ! Mais enfin, quelle est cette comparaison et de qui se moque-t-on ?

Je suis abasourdi par la position de certains maires, mais c'est leur choix le plus complet, ils sont responsables dans leur mairie.

Je suis effaré qu'un ancien ministre, un élu de haut rang, ayant lui-même des origines étrangères, ait pu, même si c'était sur le ton de la boutade, et même s'il s'est ensuite excusé, dire ce qu'il a dit sur l'Allemagne, les juifs et les arabes. Le seul fait de l'avoir pensé montre bien que la bête immonde a tendance à surgir à l'intérieur de certains cerveaux. 

 Je suis tout aussi effaré lorsque j'entends un autre responsable politique comparer l'arrivée des immigrés à une fuite d'eau dans une cuisine.

Si je respecte les positions et les convictions des uns et des autres, je pense que de tels propos entretiennent le doute, la fracture, les divisions et sont source de problèmes.

 J'en viens maintenant aux propositions que nous souhaitons faire. (Marques d'ironie sur les travées du groupe Les Républicains.) Oui, nous en ferons quelques-unes, alors que je n'en ai pas toujours entendu de votre part !

Les propos que je viens de rapporter ne sont pas notre France et ne correspondent pas à notre modèle républicain. Il faut le dire, l'Europe – et la France dans l'Europe – est face à son destin, elle se trouve aujourd'hui à un tournant de son histoire. Cette Europe qui s'est construite au fil des années, qui s'est regroupée, élargie – parfois avec difficultés –, cette Europe dont doutent nombre de nos concitoyens – le référendum de 2005 l'a montré, les dernières élections européennes l'ont confirmé –, cette Europe doit agir, et agir vite, sinon elle sera débordée.

Je tiens à remercier le Gouvernement d'avoir octroyé des moyens supplémentaires à l'OFPRA afin d'envoyer deux messages simples.

Nous accueillons tous les réfugiés, c'est-à-dire tous ceux qui peuvent bénéficier du droit d'asile. En revanche, comme vous l'avez très bien souligné, monsieur le ministre, il faut reconduire à la frontière ceux qui n'ont pas à être dans ce pays. Nous devons le dire très clairement. Nous parviendrons d'autant mieux à le faire, mes chers collègues, que ce Gouvernement s'est donné les moyens de procéder à ces reconduites à la frontière, après les baisses d'effectifs et de budget, après la casse dans le service public.(Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain.)

Est-ce assez ? Peut-être pas, mais il faut avancer.

Sur ce sujet, rassemblons-nous, refusons l'opposition stérile, car c'est de femmes et d'hommes qu'il s'agit. Tout le monde a été ému par la photo de ce petit garçon sur la plage. Pourquoi son père, son oncle et son grand-père n'auraient-ils pas le droit de venir en France, s'ils peuvent bénéficier du droit d'asile ?

La France doit agir avec humanisme et fermeté, mais sans naïveté. C'est ce que fait le Gouvernement. Comme l'a confirmé le ministre de l'intérieur, le droit d'asile est un droit fondamental. En outre, depuis que le Sénat a voté très largement la loi relative à la réforme du droit d'asile, nous avons les moyens d'aller un petit peu plus loin.

Je le répète, pour l'Europe, cette situation constitue un tournant. Elle la met face à elle-même.

Mes chers collègues, même si c'est difficile, il faut que la France, par les voix de son Président de la République, de son Premier ministre et de son ministre de l'intérieur, affirme, dans les Conseils « Justice et affaires intérieures » et dans les Conseils européens, que l'Europe entière doit s'organiser, que Schengen n'est pas mort, que l'Europe est forte de son histoire. Si à chaque fois qu'une difficulté surgit, on casse le thermomètre, comment avancer ?

Mettre en place des hot   spots , comme cela a été évoqué, pourra permettre de contrôler l'arrivée de migrants à l'extérieur des frontières de Schengen. En revanche, tout migrant en situation régulière et bénéficiant du droit d'asile à l'intérieur de l'espace Schengen a la possibilité de rester en Europe et de repartir dans son pays dès qu'il le décide. Il s'agit là de principes fondamentaux, et c'est pour cela que l'Europe doit s'organiser.

Le Président de la République a annoncé la tenue d'un sommet mondial sur ces sujets. La France seule, l'Europe seule ne pourront pas y arriver : il faut discuter avec les Russes, avec l'Iran, avec les États-Unis. Il faut se réunir pour affronter ensemble la question de la guerre en Syrie, des camps de réfugiés au Liban et en Turquie.

Il ne faut pas faire preuve d'aveuglement ; il faut au contraire ouvrir les yeux.

Imaginons ce qui serait arrivé si nous avions suivi ceux qui étaient favorables au Grexit , c'est-à-dire à la sortie de la Grèce de l'Europe : qu'en serait-il des réfugiés aujourd'hui ? Il faut donc toujours raison garder et chercher à relever les défis, même quand c'est difficile. C'est ce que fait le Gouvernement.

Federica Mogherini, la Haute Représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a eu raison de poser la question en ces termes : « Si nous refoulons les réfugiés, quel message envoyons-nous au monde ? » Oui, quel message ?

La France et l'Europe sont attendues à l'échelon international et doivent avancer. Il faut que les chefs d'État et de gouvernement prennent des décisions.

Les murs et les barbelés n'empêcheront pas les migrants de passer. Cet afflux est terrible et nous savons que nous devons lutter contre les filières clandestines : un tel travail est indispensable. Il faut lutter contre les passeurs, renvoyer chez eux ceux qui n'ont rien à faire ici, mais accorder le droit d'asile à ceux qui fuient leur pays en guerre et les accueillir.

Je conclurai en rappelant quelques idées simples.

L'arrivée des réfugiés ne changera pas la nature de notre pays, pas plus qu'elle ne remettra en cause notre système social ou mettra pas à mal notre équilibre social. Il faut cesser de faire peur.

Les Français ont compris qu'ils pouvaient accueillir ces réfugiés. Il faut maintenant que tout le monde s'y mette : l'État – il prend ses responsabilités –, les associations, les communes, tous les élus locaux. Il faut aussi remercier celles et ceux qui utilisent la Toile pour accueillir les réfugiés.

Monsieur le ministre, je tiens à vous saluer très chaleureusement. Aujourd'hui, grâce à votre hauteur de vue, vous montrez votre capacité à vous saisir de l'ensemble de ces dossiers. Vous représentez la France au plus haut niveau et nous pouvons être fiers de votre présence à ce poste. Je vous le dis avec beaucoup de simplicité, et beaucoup de nos collègues le pensent : vous êtes notre fierté, car vous êtes un véritable républicain, vous défendez la France et avez une vision d'ensemble des actions à mener. 

Notre pays a besoin de confiance, pas de suspicion. Il convient de rappeler des principes simples, notamment que la fermeté doit être de mise quand l'immigration est irrégulière. Pour obtenir des résultats, il faut des moyens. Pour être accepté, l'accueil des réfugiés doit être maîtrisé, nous pouvons tous nous accorder sur ce point ; telle est la volonté de ce Gouvernement et de sa majorité. Mes chers collègues de l'opposition, vous ne cessez de répéter que ce n'est pas le cas ; j'espère que le ministre de l'intérieur vous communiquera des chiffres dans quelques instants.

Il faut aussi de la cohérence dans les discours. On ne peut pas céder à tous les populismes, à toutes les démagogies. Ce n'est pas parce que la situation est difficile qu'il faut dire aux Français ce qu'ils veulent entendre. Il nous faut réaffirmer nos valeurs fondamentales tout en répétant que, dans la difficulté, nous ferons en sorte d'assurer l'égalité de tous les ressortissants et de tous les Français sur notre sol.

M. Karoutchi a raison, maîtriser la situation n'est pas simple. C'est la raison pour laquelle plus nous serons rassemblés, mieux nous y parviendrons. Cela suppose un engagement inlassable du Président de la République, du Premier ministre et du Gouvernement tout entier à l'échelle européenne. La réponse passera par là.

Il nous faut rester fidèles à la France, à son histoire et à ses valeurs. Nous avons évoqué tout à l'heure tous ceux qui sont venus en France. L'Europe a été une terre d'accueil, un exemple pour l'ensemble des populations du monde.

Oui, nous voulons continuer à être ce que nous sommes et ne pas changer. Oui, nous voulons réaffirmer des principes simples, notamment que la liberté, l'égalité et la fraternité constituent des valeurs fondamentales et cardinales de notre pays. Oui, nous voulons affirmer clairement que la France a un rôle à jouer dans l'Europe. C'est pourquoi, monsieur le ministre, le groupe socialiste et républicain soutient l'action du Gouvernement, en particulier la vôtre, dans ce moment très difficile.

On déplore que le Gouvernement évolue.

Bien sûr qu'il évolue. Il évolue parce que la situation évolue. Certains discours qui ont été tenus ici même l'année dernière ne le seraient plus aujourd'hui. C'est parce que la situation devient terrible, dramatique, que le Gouvernement a raison d'évoluer,…

… en conservant ses valeurs, ses orientations et en réaffirmant que, à l'intérieur de Schengen, dispositif que nous ne devons pas balayer, mais qui est une zone dans laquelle la prospérité doit être recherchée grâce à l'action des politiques européennes et nationales, nous parviendrons à la fois à accueillir les réfugiés dignement, à défendre et à promouvoir nos valeurs et à régler, demain, le problème de la Syrie et celui de l'Irak avec la communauté internationale.

Si l'intervention en Irak n'avait pas eu lieu voilà quelques années – la France avait à l'époque adopté une position très claire –, nous n'en serions peut-être pas là aujourd'hui.

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