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Enseignement supérieur et recherche : intervention de Jean-Etienne Antoinette

Thématique : Education/jeunesse/sport/recherche

Date : 19 juin 2013

Type de contenu : Intervention

M. Jean-Étienne Antoinette :

Monsieur le président, madame la ministre, chers collègues, depuis un an, le Gouvernement soumet au Parlement des textes visant le cœur du projet présidentiel : l’emploi et les jeunes. Ce projet de loi, en liant pour la première fois l’enseignement supérieur et la recherche, est l’un d’eux, en particulier dans son effort de rénovation de l’université. Il en fait un lieu d’avenir, de rayonnement et de réussite.

Lieu d’avenir, l’université ne peut l’être sans l’adaptation rendue nécessaire par l’importance du monde numérique. Le projet « France Université numérique » emprunte cette voie en développant les ressources pédagogiques en ligne, et le projet de loi pose un cadre juridique à cette activité relativement nouvelle en France alors qu’elle est incontournable dans les universités américaines.

L’ambition semble réduite – 20 % des cours en ligne –, mais elle n’a pas le même enjeu qu’aux États-Unis, qui fonctionnent avec des formations extrêmement sélectives et très onéreuses que d’aucuns envient parfois pour leur élitisme. En effet, la nouvelle espèce des cours en ligne ouvre un enseignement de masse à un coût réduit, le contraire du modèle des établissements prestigieux qui ne pourront survivre qu’en s’adaptant dans la compétitivité que constitue ce nouveau mode d’enseignement.

À la différence de l’université britannique, l’université française a cette chance d’avoir résisté aux sirènes de la sélectivité : elle offre un enseignement ouvert à tout étudiant diplômé du secondaire, et à un coût réduit.

L’offre numérique sera un outil très précieux pour le développement de l’enseignement supérieur en outre-mer, en particulier pour les grades de master pour lesquels les étudiants doivent entreprendre des études lointaines et coûteuses afin d’accéder au diplôme où les mènent leurs compétences. Le développement des cours en ligne permettra ainsi d’accompagner la mission légitime de chaque pôle universitaire de proposer une série complète de formations.

L’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur avait pointé les effets nocifs de cette démultiplication pour l’université des Antilles et de la Guyane, l’UAG : une politique coûteuse au regard des effectifs faibles, la moitié des formations étant en sous-effectif en premier cycle et les trois quarts en second cycle.

La mobilisation d’un contenu numérique est une réponse partielle mais viable à la question que posent l’éloignement géographique et les écarts démographiques à l’enseignement supérieur de demain. Elle est aussi une réponse à la confusion tout universitaire entre carrière, discipline scientifique et cursus d’enseignement.

L’offre numérique est également un lieu de rayonnement pour l’université, et je regrette que le rayonnement de l’enseignement supérieur français se soit en grande partie réduit au débat sur la présence de la langue anglaise. L’université des Antilles et de la Guyane se donne pour mission de rayonner dans l’ensemble de cette région du globe : les vecteurs principaux seront évidemment l’anglais pour la Caraïbe, l’espagnol pour l’Amérique centrale et le portugais pour l’Amazonie.

L’université française ne peut fonctionner dans le vase clos du campus auquel seuls les nationaux de langue française auraient accès. Que ce soit en termes de pédagogie, de formation et de débouché professionnel, l’enseignement supérieur est nécessairement ouvert au monde. Il est sain que le Gouvernement retienne ce principe dans son projet.

L’université est également un lieu de réussite, ce qui n’est pas assez le cas pour les universités des outre-mer, puisque le classement français les place dans les dernières positions du tableau : entre 16 % et 28 % de réussite en licence, alors que la moyenne nationale est de 43 %.

Le Gouvernement propose plusieurs pistes pour renforcer l’accompagnement des étudiants vers l’obtention de leur diplôme de premier cycle universitaire : la spécialisation progressive permettant la constitution d’un projet professionnel et le renforcement des moyens des universités. Si ces deux moyens d’actions sont attendus, constituent-ils une réponse à tous les maux de l’échec en premier cycle ? Il faut, hélas, en douter.

Le renforcement pédagogique est nécessaire lorsque l’on constate l’efficacité des effectifs réduits pour l’apprentissage des méthodes et des connaissances, mais aussi en termes de motivation des étudiants. Malheureusement, cela ne résoudra pas le déficit de professeurs alors que les postes sont vacants. À cet égard, l’université des Antilles et de la Guyane peut encore servir d’exemple puisque plus de 5 % des postes d’enseignants y sont vacants. Cela ne viendra pas non plus remédier au fléchage des postes – comme des autres moyens financiers – confié aux universités autonomes qui privilégient massivement certains sites et en délaissent d’autres. Ainsi, l’UAG ne sort pas grandie de sa gestion des effectifs, préférant doter les pôles guadeloupéen et martiniquais que le pôle guyanais, où le ratio de professeurs pour 1 200 étudiants est de deux, contre quatorze dans les îles.

Ces pistes ne seront pas non plus une réponse à l’échec endémique que constitue l’instrumentalisation de l’inscription universitaire pour obtenir une bourse d’étude, unique filet social, sans intention réelle de formation.

La demande d’intégration en IUT ou en STS chez les meilleurs bacheliers se comprend, tout comme l’initiative du Gouvernement d’ouvrir ces filières aux baccalauréats professionnels. Il paraît cependant difficile de faire l’économie d’une réflexion sur la place laissée à l’université. Celle-ci doit être tournée vers l’emploi ou offrir une formation générale dans les « arts libéraux », historiquement les seuls à nécessiter une formation supérieure.

L’incapacité de l’université à accueillir en son sein les professions supérieures du commerce et de l’industrie se traduit par l’échec des filières censées concurrencer les formations dispensées dans les écoles.

La dégradation symbolique de l’université, choix par défaut des étudiants, ne devrait pas atteindre la formation d’excellence que constitue l’exigeant doctorat. Le système actuel, auquel l’Assemblée nationale apporte une timide retouche, n’offre pas non plus de perspective : le doctorat n’entre pas dans le cadre des formations professionnelles ou administratives conçues sur le mode des écoles. Il reste alors pour cette filière la tentation, finalement rassurante, de ne pas quitter l’alma mater

Notre société ignore quoi faire de son université ; elle laisse se constituer un mandarinat local qui, ayant délaissé les difficultés de l’enseignement et la rigueur de la recherche, se complaît dans des titres.

Les améliorations notables concernant la gouvernance des universités sont importantes, mais l’essence de l’université est bien dans ses membres. Il s’agit de la seule réelle autonomie de l’université, tant celle-ci restera dépendante de son environnement.

En conclusion, les avancées réelles contenues dans le projet de loi nous invitent à l’approuver. Contre l’idée d’une révolution utopique de l’enseignement supérieur, il est nécessaire de voir dans la confiance placée dans les acteurs eux-mêmes pour prendre en main leur outil une progression de notre capacité de recherche et de formation supérieure. 

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