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Economie sociale et solidaire 2e lecture : intervention de Marie-Noëlle Lienemann

Thématique : Industrie/entreprise/commerce

Date : 4 juin 2014

Type de contenu : Intervention

Mme Marie-Noëlle Lienemann :

Madame la secrétaire d'État, je voudrais à mon tour, au nom du groupe socialiste, dire tout le plaisir que j'ai de vous trouver au rang du Gouvernement, à une responsabilité importante pour le redressement économique du pays et pour le projet de société que nous défendons. Je vous souhaite plein succès dans votre action, dans la continuité de ce qui a été fait par Benoît Hamon, mais aussi par Valérie Fourneyron, à qui nous souhaitons un prompt rétablissement.

Monsieur le président, monsieur le président de la commission des affaires économiques, messieurs les rapporteurs, mes chers collègues, nous sommes en deuxième lecture et, bien sûr, l'exercice doit d'abord s'effectuer en comparaison avec la première lecture.

L'objectif de ce projet de loi, que nous avons salué, est fort : développer, élargir, moderniser l'économie sociale et solidaire.

Nous avions également salué, en première lecture, le choix de recourir à une méthode alliant concertation, consultation, dialogue et compréhension. Monsieur le rapporteur, je crois que votre contribution sur ce point a été tout à fait importante. L'esprit constructif qui a prévalu entre la Haute Assemblée et le Gouvernement lors de l'examen de ce texte a porté ses fruits : en effet, nous avons le plaisir de constater, en deuxième lecture, que l'Assemblée nationale a reconnu la qualité de nos travaux, puisque bon nombre des articles que nous avions adoptés ont été votés conformes, ce qui nous permettra de nous concentrer sur des sujets qui méritent d'être approfondis.

Cette loi est essentielle, parce que l'économie sociale et solidaire joue un rôle important dans la vie économique de notre pays et peut constituer l'un des leviers du redressement économique de la France dans la justice, conformément aux engagements du Président de la République.

Il faut rappeler que l'économie sociale et solidaire représente 10 % du PIB et 10 % des emplois de notre pays, soit 2,4 millions de salariés. Dans les dix dernières années, 23 % des emplois créés l'ont été par l'économie sociale et solidaire. Les SCOP résistent mieux à la crise que le reste de l'économie : après trois ans de fonctionnement, 82,3 % des coopératives sont toujours en vie, ce qui n'est pas le cas de toutes les entreprises créées. Enfin, une grande entreprise sur cinq relève du secteur de l'économie sociale et solidaire.

Vous comprendrez pourquoi, lorsque j'entends nos collègues de l'opposition expliquer que nous sommes contre l'entrepreneuriat et que nous n'y comprenons rien, je leur réponds que, bien au contraire, l'économie sociale et solidaire est l'un des principaux piliers de l'économie nationale, et même du secteur exportateur !

Chers collègues, n'essayez pas d'entretenir le mythe selon lequel il y aurait, d'un côté, ceux qui soutiennent l'entrepreneuriat, nécessairement personnel et privé,…

Nous aimons l'initiative économique, nous approuvons le fait que les individus s'impliquent dans le développement économique, mais cette implication mérite d'autant plus d'être soutenue qu'elle intervient dans un intérêt collectif, qu'elle défend l'humain, qu'elle répond à des besoins sociaux…

Quand des profits sont réalisés, car il en faut, ils doivent être utilisés pour contribuer au développement de ces entreprises, au service de l'intérêt général…… et à une juste rémunération des salariés qui y ont concouru. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste. – MM. Joël Labbé et Robert Tropeano applaudissent également.)

Ce modèle correspond à une certaine vision de la société que nous voulons.

En effet, la deuxième raison pour laquelle nous soutenons ce projet de loi est une raison sociétale. Oui, nos démocraties ont besoin de se consolider dans le champ de l'économique : le principe « un homme, une voix » est un élément d'avancée démocratique globale, parce qu'il représente une avancée dans le champ de l'économique.

Nous avons également besoin d'une société qui rompe avec l'individualisme forcené. Chaque fois que nous sommes en situation d'encourager des engagements collectifs, de susciter l'implication et la prise de responsabilités de chaque individu dans un esprit collectif, c'est une avancée du modèle républicain et d'une certaine vision de la citoyenneté. Nous pensons que l'économie sociale et solidaire concourt à cet idéal.

Enfin, ici même au Sénat, nous devons reconnaître le rôle essentiel de l'économie sociale et solidaire sur nos territoires – je vois des personnes qui sont impliquées au sein des territoires dans l'économie sociale et solidaire. L'ancrage territorial de l'économie sociale et solidaire est un atout pour le développement et l'aménagement du territoire. L'économie sociale et solidaire est un atout pour la créativité et la diversité qui font la force de la République française et nous devons y veiller. De ce point de vue, les propositions de notre collègue Marc Daunis renforcent encore cette dimension, ce dont nous le remercions.

En première lecture, nous avions concentré nos efforts sur la dimension économique de l'économie sociale et solidaire dans le champ de l'économie. Nous approuvons donc particulièrement les articles qui organisent la transmission d'entreprises, en donnant aux salariés la possibilité d'être informés, et par conséquent de pouvoir être acteurs de solutions de reprise, en particulier coopératives, qui soient de nature à maintenir l'activité économique sur nos territoires. L'économie sociale et solidaire peut être un outil anti-délocalisations, elle doit être un outil de reconquête afin de permettre une meilleure transmission des entreprises. La France est fragile dans ce domaine…

En tout cas, ces articles ne fragilisent pas la transmission des entreprises. Il faut aussi admettre que la compréhension des mécanismes n'est pas toujours aisée pour les repreneurs, lorsqu'ils ne sont pas spécialistes de ce sujet.

Madame la secrétaire d'État, monsieur le rapporteur, je ne peux m'empêcher de reconnaître que j'aurais préféré, à titre personnel, que nous allions plus loin sur ce point. J'avais d'ailleurs déposé une proposition de loi visant à instaurer un droit de priorité des salariés, conformément à un engagement du Président de la République. Quoi qu'il en soit, je suis une réformiste : une première avancée est acquise, tant mieux ! Je continuerai mon combat, mais engrangeons déjà ces premiers résultats, car ils sont importants.

Parmi les avancées, je recense également les dispositions inspirées de ce que l'on a appelé la « loi Florange ». Il est très important que l'engagement portant sur l'obligation de recherche d'un repreneur – qui n'est pas facile à mettre en œuvre, nous l'avons vu avec la censure du Conseil constitutionnel – trouve un commencement de réalisation. Les deux amendements que nos collègues avaient déposés à l'Assemblée nationale représentent une avancée intéressante, car ils lient la recherche du repreneur et le remboursement de certaines subventions à l'homologation du plan de sauvegarde de l'emploi. La méthode me paraît bonne et je pense qu'elle est conforme à la Constitution. Quoi qu'il en soit, notre groupe approuve ces dispositions.

L'Assemblée nationale a également adopté toute une série de mesures pour améliorer les dispositions en faveur des coopératives et des mutuelles, Mme la secrétaire d'État les a rappelées et le groupe socialiste du Sénat leur apporte son soutien. Il s'agit notamment de la création d'une Chambre française de l'économie sociale et solidaire et de la réintroduction du guide des bonnes pratiques. Nous avons cependant déposé un amendement à l'article 14, repris par la commission, visant à dispenser les coopératives de l'application du guide des bonnes pratiques lors d'une révision coopérative et nous souhaitons qu'il soit retenu dans le texte définitif.

Nous soutenons également les initiatives du rapporteur Marc Daunis tendant à clarifier et à renforcer les politiques territoriales, notamment avec les schémas régionaux. Nous approuvons aussi la volonté de bien inscrire dans le dispositif l'importance des chambres régionales de l'économie sociale et solidaire, les CRESS, et du Conseil national des chambres régionales de l'économie sociale et solidaire, le CNCRESS, même après la création de la Chambre française de l'économie sociale et solidaire. L'articulation entre l'intérêt national de l'économie sociale et solidaire et la vision territoriale doit être mieux connue, mieux défendue, c'est pourquoi nous soutenons ces mesures.

Nous demandons au Gouvernement d'être très vigilant sur un point précis : lors du débat sur les commandes publiques, nous avions voulu devancer l'adoption d'une directive européenne qui réserve une partie de la commande publique aux entreprises d'insertion. Le Gouvernement nous a demandé de retirer nos amendements, puisque la directive est maintenant publiée et qu'il veut engager sa transposition. Nous lui demandons donc de ne pas tarder à prendre les mesures nécessaires, car celles-ci sont extrêmement importantes en cette période de crise et peuvent constituer un levier puissant pour une politique de l'emploi soucieuse de justice sociale.

Nous approuvons aussi le fait que l'innovation sociale soit mieux définie, car elle mérite d'être soutenue et reconnue. Nous saluons en particulier l'introduction d'un article sur les monnaies locales et complémentaires. Ce phénomène émergent ne doit toutefois pas devenir une source d'instabilité ou de tromperie au détriment de nos concitoyens. Il est bon que son cadre soit clarifié et nous verrons, à l'usage, si le mouvement s'amplifie ou si ces monnaies restent du domaine de l'innovation ponctuelle.

Le point sur lequel l'Assemblée nationale a le plus avancé est la vie associative. Nous avions expliqué, en première lecture, qu'une partie de ces sujets méritaient d'être travaillés davantage. Je ne m'attarderai donc pas plus longtemps sur cette question, mais nous y reviendrons au cours du débat. Nous approuvons nombre de ces innovations, concernant les bénévoles, les modes de financement ou la création du Haut Conseil de la vie associative.

Enfin, l'enrichissement du titre concernant les éco-organismes nous paraît tout à fait utile, parce que l'économie sociale et solidaire constitue aussi un projet de société. Elle peut être le levier permettant à la France de défendre une vision contemporaine de son projet historique républicain. En effet, la fraternité consiste à mutualiser, à coopérer, à reconnaître qu'un intérêt commun prime sur le seul intérêt individuel. En cela, la compatibilité de l'économie sociale et solidaire avec notre modèle républicain historique est forte. Toutefois, avec l'émergence de l'exigence écologique, de la transition énergétique et d'une nouvelle vision du développement durable et du développement humain, elle peut trouver une nouvelle forme et s'avérer un outil incontesté du développement durable. Ce projet de loi y concourt et nous contribuerons à l'enrichir au cours de ce débat au Sénat, afin d'aboutir rapidement à l'adoption d'un texte efficace au service de tous les acteurs de l'économie sociale, que je salue !

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