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Débat sur l'engagement des forces armées au Mali : intervention de François Rebsamen

Thématique : Affaires étrangères/défense

Date : 16 janvier 2013

Type de contenu : Débat

François Rebsamen :

 

Monsieur le Ministre des affaires étrangères, Monsieur le Président, Chers Collègues,

Depuis le 11 Janvier dernier sur décision du Président de la République, à la demande du Président du Mali par intérim, Dioncounda Traoré,  et dans le respect de la Charte des Nations unies, la France s’est engagée pour appuyer l’armée malienne face à l’agression terroriste.

En cet instant, je tiens à rendre hommage à la mémoire du Lieutenant Damien Boiteux , tué le premier jour des combats, ainsi qu’à celle des soldats tombés Samedi dans l’opération de Somalie. Au nom des sénateurs socialistes et plus largement, j’en suis certain, au nom de tous mes collègues, j’exprime à leurs familles, à leurs proches, à leurs compagnons d’armes, mes plus sincères condoléances.

Je veux aussi saluer nos soldats engagés aux côtés des forces maliennes. 800 sont aujourd’hui déployés sur le sol malien et ce chiffre devrait progressivement passer à 2 500 selon le Ministre de la Défense. Je veux  leur dire, ici, que la nation rassemblée admire leur courage et leur apporte tout son soutien.

Que ce serait-il passé si la France n’était pas intervenue ? les forces terroristes auraient continué leur avancée, faisant sauter le verrou de Konna et Diabali, ouvrant la porte à la prise de Bamako qui serait tombé entre leurs mains, mettant la population malienne et nos ressortissants français à leur merci.

Le Mali serait aujourd’hui un pays d’otages, pris lui-même en otage pour servir de base terroriste au cœur du continent africain, constituant un nouvel Afghanistan aux portes de la Méditerranée et de l’Europe, menaçant de déstabiliser l’ensemble des pays d’Afrique de l’Ouest.  

Dès l’appel de détresse du Président malien, Dioncoun Traoré, La France, par la voix de son Président, a répondu présente.

Sans tergiversation, avec sang-froid, calme, détermination, le chef de l’Etat a fait preuve de sa capacité de décision et d’action en engageant nos forces armées pour aider le peuple malien et combattre les terroristes. 

C’est toujours un choix terrible que d’engager nos soldats dans la bataille.

Ce choix le Président de la République l’a fait prenant ses responsabilités en conscience et avec rapidité. Notre pays peut en être fier et s’honorer de l’avoir fait, comme il l’a fait dans le passé notamment en Afghanistan, en  Libye, quand il s’est agi d’aider les peuples à combattre  la tyrannie et  la dictature pour faire triompher la démocratie.

A ce jour, d’ores et déjà, un coup d’arrêt a été porté à l’avancée des terroristes et nos troupes poursuivent actuellement leur offensive avec un déploiement de nos forces terrestres vers le front du Nord pour y pourchasser les groupes armées liés à Al Quaîda.

Monsieur le Ministre, mes chers collègues, ce que je voudrais souligner aujourd’hui devant vous c’est l’exemplarité qui préside à cette intervention armée au Mali.

Exemplarité d’abord sur la forme et le respect des procédures

La France a agi dans le respect de la légalité internationale conformément à la résolution 2085 adoptée le 20 Décembre dernier.

Elle a reçue le 14 janvier le soutien unanime du conseil de sécurité de l’ONU.

L’action déterminée de la France saluée par tous les pays africains, a accéléré leur mobilisation et celle de la CEDEAO. Le Togo, le Nigeria, le Niger, le Burkina Fasso, le Benin, le Sénégal, la Guinée, le Ghana et le Tchad ont, ces derniers jours, confirmé la participation de leurs soldats. Je sais le rôle essentiel que vous avez joué pour fédérer et mobiliser ces participations indispensables et je tiens ici à saluer votre action.

Au Mali, le peuple a dit son soutien et sa reconnaissance au Président Hollande et à la France sur les chaînes de télévisions et les radios du monde entier. 

Au niveau européen, dès le déclenchement de l’offensive française, les contacts ont été pris par le Président de la République, par le Ministre de la défense et par vous-même,  avec nos partenaires pour les informer et les associer à l’intervention.

A ceux qui déplorent –je cite- la « solitude du Président de la République en Europe », dans ce conflit, je rappelle qu’au fil des jours l’aide apportée par les 27 se met en place. D’ores et déjà les Britanniques, les Danois, la Belgique, l’Allemagne apportent un précieux et indispensable soutien logistique.

La convocation que vous avez demandée et obtenue, Monsieur le Ministre des affaires étrangères, d’un Conseil extraordinaire des affaires étrangères de l’UE qui se tiendra Jeudi devrait permettre d’accélérer la coopération européenne y compris militaire, à l’intervention française.

Les américains nous ont spontanément et immédiatement apporté leur soutien en matière de logistique et de renseignement. 

Les Emirats ont proposé à François Hollande lors de son déplacement d’hier leur aide matérielle, financière et militaire.

Sur notre territoire, là encore l’information des citoyens et celle de ses élus a été exemplaire.

Dès sa prise de décision le Président de la République s’est adressé aux Français pour leur en expliquer les raisons et les enjeux. Après le premier conseil de défense il est également intervenue sur les médias pour faire le point de la situation, relayé ensuite par des points presse réguliers fait par vous Monsieur le  Ministre des affaires étrangères et par Jean-Yves Le Drian, le Ministre de la Défense.

La représentation nationale a été scrupuleusement tenue informée par le Premier Ministre par téléphone d’abord dès vendredi après-midi, le jour même du déclenchement de l’opération,  puis lors d’une réunion des parlementaires à Matignon lundi soir.

Ont suivies les auditons des Ministres par les commissions de l’Assemblée et du Sénat et enfin aujourd’hui ce débat qui nous réunit autour de vous dans cet hémicycle Monsieur le Ministre des affaires étrangères et qui dans le même temps réunit les députés autour du Premier Ministre va permettre d’apporter toutes les précisions nécessaires aux questions des élus de la nation. 

Une Intervention exemplaire ensuite sur le fond

Bien avant son élection, François Hollande avait suivi de près l’évolution de la situation malienne et dès son investiture lors de son déplacement aux Etats Unis, il  en avait alerté les autorités américaines.

Le travail diplomatique et celui de nos services de renseignement s’est poursuivi tout au long des 6 derniers mois.

La décision d’intervenir au Mali, a été donc été mûrie et prise ensuite de façon extrêmement rationnelle, en fonction de renseignements concordants sur la dégradation accélérée de la situation et du retard pris dans la mise en place de la MISMA.

Quelle était la situation le Vendredi 11 Janvier au matin ?  

D’un côté, profitant de cette inertie, une offensive ambitieuse des forces terroristes d’ANSAR Eddine, des katibats d’AQMI et du MUJUAO, qui pour la première fois s’étaient regroupées et agissaient de façon concertée pour progresser vers Bamako et confisquer le territoire malien à leur profit.

En face l’armée malienne en grande difficulté  qui n’était pas en capacité de résister à l’offensive des groupes terroristes lancée vers la capitale malienne.

L’appel à l’aide du président malien a corroboré l’urgence d’agir, telle qu’elle avait été évaluée par nos services de renseignement et a déclenché la prise de décision du Président de la République et donc l’intervention de nos forces armées.   

Cette intervention est donc exemplaire sur le fond, car elle est raisonnée et raisonnable. Les objectifs de l’intervention décidée par le Président de la République sont très clairs :

D’abord stopper l’offensive des terroristes et les empêcher de menacer l’Etat malien, ensuite préserver l’intégrité territoriale du Mali, assurer la sécurité des ressortissants français et étrangers, enfin préparer et faciliter l’application des résolutions du Conseil de sécurité prévoyant le renforcement de l’armée malienne et le déploiement d’une force d’intervention africaine (MISMA).

Les missions assignées à nos forces armées sont d’utiliser les frappes aériennes et le déploiement d’éléments terrestres pour atteindre ces objectifs.

Le président de la République a donné toutes les instructions pour que les moyens utilisés par la France soient strictement limités par rapport à ces objectifs.

La France ne poursuit aucun intérêt particulier autre que la sauvegarde d’un pays ami et n’a pas d’autre but que la lutte contre le terrorisme.

Je comprends l’accroissement de l’inquiétude des familles des otages retenus au Sahel. Je ne doute pas que la France reste déterminée et mobilisée pour obtenir leur libération. Mais sur ce point, je me permettrai de vous citer Monsieur le Ministre des Affaires étrangères « Ce n'est pas en laissant le Mali devenir un sanctuaire terroriste que nous protégerons les otages.» 

Le combat pour le Mali et contre le terrorisme va donc se poursuivre. Il s’agit d’une mission fondamentale, qui s’inscrit dans la durée et qui, comme l’a déclaré le Président de la République, durera aussi longtemps que nécessaire. Grâce à la rapidité de décision du chef de l’Etat et à la capacité de réaction immédiate de nos armées, la France a créé une dynamique internationale majeure pour avancer dans la lutte contre le terrorisme et vers la paix.

Mais quand on fait la Guerre, il faut savoir préparer la Paix. Pour cela la sortie ne peut être que politique. Je sais que le Président de la République y travaille et la prépare comme le confirme sa déclaration d’hier «  Notre objectif est de faire en sorte qu’il y ait une sécurité au Mali, des autorités légitimes, un processus électoral et plus de terrorisme qui menacent »

Pour terminer, Monsieur le Ministre des affaires étrangères, chers collègues, je voudrais saluer ici dans cet hémicycle, l’unité nationale qui s’est créée tant au niveau des citoyens que des forces politiques,  autour de cette intervention française.

Au-delà des positions politiques et des clivages, la France est donc réunie aujourd’hui autour de ses soldats, qui combattent aujourd’hui sur le sol malien contre les forces terroristes. 

C’est sans doute ce qui fait la grandeur d’un pays comme le nôtre que de savoir se rassembler quand il s’agit de défendre les valeurs de la démocratie.

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