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Débat sur la situation de l'industrie automobile en France : intervention de Martial Bourquin

Thématique : Industrie/entreprise/commerce

Date : 9 février 2012

Type de contenu : Débat

M. Martial Bourquin : 

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, on peut lire, en Une de la presse d'aujourd'hui, que les constructeurs automobiles français poursuivent leur exil. L'usine Renault inaugurée aujourd'hui à Tanger n'est pas n'importe quelle usine : c'est une usine devant produire chaque année 400 000 unités dans une ville qui n'est guère éloignée de la France et de l'Europe. Qui plus est, il ne s'agit pas seulement d'une tête de pont pour vendre en Afrique, puisque des véhicules seront réimportés en France.

Souvenez-vous, mes chers collègues : il y a trois ans, le Gouvernement a signé un pacte avec la filière automobile française. Ce pacte automobile était paré de beaucoup de vertus ; l'État devait apporter des aides importantes en contrepartie d'un engagement des constructeurs. Le Président de la République avait déclaré que l'État n'abandonnait pas l'industrie automobile, mais que l'industrie automobile ne devait pas abandonner la France. Tout un programme !

Rappelez-vous : 6,5 milliards d'euros ont été prêtés aux constructeurs, puis remboursés de manière anticipée par ces derniers, avec 715 millions d'euros d'intérêts ; 2 milliards d'euros ont été prêtés aux banques liées aux constructeurs ; un fonds sectoriel, le Fonds de modernisation des équipementiers automobiles, le FMEA, doté de 600 millions d'euros, a été créé ; des prêts verts ont été consentis, pour un montant de 250 millions d'euros ; un fonds de garantie pour les prêts octroyés aux équipementiers a été créé. Au total, la facture s'est élevée à environ 10 milliards d'euros.

Quel est le bilan de ces aides ? La question se pose car le Gouvernement prépare un pacte automobile de nouvelle génération. La création de valeur sur notre territoire par les constructeurs a fortement diminué, puisqu'elle est passée de 13,5 milliards d'euros en 2007 à 9,5 milliards d'euros l'année dernière. Cela représente une baisse de 29 % ! De prime abord, on pourrait penser que les constructeurs ont moins investi à cause de la crise, mais, en réalité, ils ont simplement investi ailleurs.

Les investissements sur le sol national sont passés de 3,8 milliards d'euros à 1,5 milliard d'euros. Les délocalisations se poursuivent donc.

Monsieur le secrétaire d'État chargé du commerce extérieur, alors que l'industrie automobile était l'un des fleurons qui portaient notre économie, depuis plusieurs années notre balance commerciale est déficitaire dans ce secteur, à hauteur de 3,4 milliards d'euros.

Nous avons reçu hier M. Tavares, ainsi que le représentant de PSA, qui ne nous a donné aucune assurance pour l'avenir. Il nous a simplement fait remarquer qu'un salarié turc coûtait moins cher qu'un salarié français… (Exclamations sur les travées du groupe CRC.) On sait aussi qu'un salarié marocain est payé 250 euros par mois…

Mes chers collègues, monsieur le secrétaire d'État, lorsque la nation, via l'argent des contribuables, investit autant dans son industrie, elle est en droit d'exiger de cette dernière une forme de réciprocité,…

… de lui demander de s'engager à demeurer sur son territoire, à y conserver et même à y relocaliser des emplois.

Or nos deux grands groupes automobiles n'ont pas du tout l'ambition d'aller dans ce sens. Je citerai deux exemples, dans mon département du Doubs.

L'équipementier Trèves, dont j'essaierai de recevoir les salariés tout à l'heure, a reçu 50 millions d'euros du FSI – 50 millions d'euros ! Or cette entreprise a annoncé hier 100 suppressions d'emplois. En effet, le groupe PSA a rétrogradé Trèves du statut d'équipementier numéro un à celui d'équipementier numéro deux, et lui a retiré la fabrication des sièges automobiles.

Par ailleurs, comme je l'ai dit à M. Martin, le représentant du groupe PSA, la fabrication des amortisseurs, qui constitue certainement un savoir-faire d'excellence de ce groupe, a été délocalisée en Espagne. (Mme Brigitte Gonthier-Maurin opine.)

À l'époque, on nous avait dit que l'avantage concurrentiel était extraordinaire, mais le cabinet Secafi, mandaté par le comité d'entreprise, a montré qu'il n'y avait quasiment pas d'avantage concurrentiel. La seule différence est que la technologie ne sera pas la même : on construira des amortisseurs à diaphragme et non à clapet. Au total, ce sont 600 emplois, et même 1 000 à 1 500 en comptant les emplois induits des équipementiers, qui ont été détruits dans un territoire déjà exsangue, frappé par le chômage.

Monsieur le secrétaire d'État, nous devons tirer les leçons des échecs du premier pacte automobile. Il faut qu'il existe une contrepartie en emplois et en relocalisations pour chaque euro investi. Nous devons franchir une nouvelle étape dans la défense de notre filière automobile. Nous devons tenir un langage très clair aux deux grands constructeurs.

Il faut « clustériser » nos territoires, Valérie Létard a évoqué ce sujet. Nous le faisons par exemple dans le pays de Montbéliard. Il faut aussi mettre en place des écosystèmes productifs. Mais, si nos deux constructeurs ne jouent pas le jeu, tout cela serait fait en pure perte !

Il faut aussi prévoir une montée en gamme des véhicules. La France s'est cantonnée dans le bas de gamme et le moyen de gamme, alors que l'Allemagne s'est orientée vers le haut de gamme, qui connaît une forte demande à l'exportation.

Il faut un État-stratège, mais il faut aussi des territoires qui ont la main. Si l'Allemagne réussit, s'il en est de même pour l'Italie d'une certaine façon, c'est que, en matière de politique industrielle, les régions peuvent agir. Il faut passer à une nouvelle étape de la décentralisation. (M. le secrétaire d'État s'exclame.)

Avec Daniel Raoul, je me suis rendu dans le Bade-Wurtemberg : nous y avons vu des régions qui collent aux territoires et font en sorte qu'enseignement supérieur, banques publiques d'investissement, recherche publique et privée se retrouvent ensemble aux côtés de leur industrie pour que celle-ci connaisse un dynamisme maximal.

Mes chers collègues, nous avons besoin d'un engagement très fort de nos constructeurs. Je regrette que M Éric Besson ne soit pas là aujourd'hui ; j'espère qu'il n'est pas à l'inauguration de cette usine au Maroc.

Nous avons besoin d'un ministère de l'anticipation, de la réindustrialisation, et non d'un ministère de réparation des dégâts !

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