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Institution d'une journée de l'Amérique latine et des Caraïbes en France : Intervention de J-M Pastor

Thématique : Affaires étrangères/défense
Culture/médias

Date : 16 février 2011

Type de contenu : Intervention

M. Jean-Marc Pastor , auteur de la proposition de résolution. Monsieur le président, madame la ministre d’État, mes chers collègues, c’est avec une certaine émotion que je prends la parole dans cette enceinte pour soutenir devant vous une initiative qui s’inscrit dans une démarche que l’on voudra bien qualifier d’ « historique ».

En effet, ce n’est pas tous les jours que, par-delà les contingences de l’actualité, nous sommes réunis pour examiner un texte qui, je l’espère, marquera les relations entre la France et tout un continent.

Nous sommes respectueux de la tradition française : celle qui fait notre richesse, qui rapproche les peuples, qui mobilise avec enthousiasme la joie de vivre ensemble, celle de la main tendue vers l’autre, des droits de « l’homme et du citoyen » ! Cette force, nous l’avons en nous, elle sort de tous nos pores, de nos entrailles !

Notre assemblée a tenu, l’an dernier, à s’associer aux célébrations qui ont marqué, pour un grand nombre de pays, les premières manifestations de leur indépendance, ces premiers cris de libération des peuples, comme l’a écrit un historien en termes excellents.

Ces derniers jours, nous avons pu voir en direct la joie d’hommes et de femmes qui, sans connaître le sort qui leur serait réservé, venaient de gagner leur liberté d’être humain.

Mais nous, nous le savons, sans accompagnement, sans soutien, le pire peut aussi être à craindre !

La liberté est le fruit d’une guerre à un moment donné et il faut un combat permanent pour la maintenir et la protéger. Ce soutien de tous s’impose à nous. Soyons vigilants, la liberté est si fragile ! Brandissons l’étendard sanglant, comme l’évoque notre hymne national, mais pour éviter que le sang ne coule !

En Amérique latine, les premiers mouvements, de portées très diverses, ont été, pour beaucoup, inspirés par les différents courants de ce qu’on a appelé les Lumières.

Même si la France ne fut pas l’unique inspiratrice des élites de l’époque, on peut rappeler, sans solliciter l’Histoire, qu’elle en fut largement à la source.

Dès la deuxième moitié du xviii siècle, les imprimeries du nouveau monde diffusaient largement les œuvres des philosophes français. Toute bibliothèque digne de ce nom se devait de compter sur ses rayons l’Encyclopédie , et les échanges épistolaires entre les gens d’esprit prouvent que ceux-ci empruntaient nombre de thèmes au continent européen. L’étude de l’histoire des différents pays montre la densité et la multiplicité des références à la Révolution française.

Les grandes figures, que l’on appellera plus tard les « pères fondateurs », parlaient souvent le français ou étaient pétries de culture française. N’est-ce pas un certain Antonio Nariño qui traduira, dans son cabinet de Bogota, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et la répandra dans tout le pays, au grand dam des autorités coloniales ?

Qui se souvient du jeune Francisco de Miranda, citoyen de ce qui n’était pas encore le Venezuela et qui, grand admirateur de la Révolution française, s’engagera dans l’armée de Dumouriez pour en sortir avec le grade de général !

Quant à Bolivar, la grande figure par excellence de l’émancipation des peuples latinos, il avait pour précepteur un disciple affiché de Rousseau. Ses années de jeunesse et de formation furent durablement marquées par la lecture de l’Émile .

Je n’aurai garde de m’engager dans une énumération qui serait fastidieuse et, au demeurant, certainement inutile : les faits sont suffisamment connus pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir dans le détail.

Pour évoquer ces moments historiques qui ont compté dans la formation de l’identité nationale des États du continent latino-américain, la République française se devait de prendre une initiative symbolique et forte.

Tel est le sens de la proposition de résolution que j’ai déposée avec mes collègues membres des différents groupes d’amitié du Sénat, que je tiens à saluer ici, et qui a reçu l’accueil enthousiaste de pas moins de cent quinze collègues appartenant à tous les groupes politiques de notre assemblée.

Au-delà de des faits historiques, tous ces pays, avec des degrés différents de rattachement à l’histoire française, gravissent, tous les jours un peu plus, les marches de la liberté et de la démocratie. Ils sont non plus des pays en voie de développement, comme on les dénommait il y a peu encore, soumis à des régimes parfois autoritaires, mais des acteurs, de vrais acteurs du monde, à part entière, libres, souverains, maîtres de leur destinée.

Leurs niveaux de formation, leur souci de protéger une démocratie parfois chèrement acquise et les valeurs qui s’y attachent, leurs richesses intellectuelle, économique, culturelle, artistique, mais aussi leurs besoins, font qu’ils peuvent être les partenaires irremplaçables de notre pays et qu’il nous appartient de répondre à leurs attentes. Nous avons tant à échanger pour nous enrichir mutuellement.

L’année 2010 fut exceptionnelle, une sorte d’expérience de vie commune, partagée non seulement avec les ambassadrices, les ambassadeurs et tout le corps diplomatique des pays d’Amérique latine et des Caraïbes réunis dans le GRULAC, Group of Latin American and Caribbean Countries, mais aussi avec les institutions nombreuses qui, en France, œuvrent pour l’amitié avec ce continent : mes collègues présidents des groupes d’amitié, le Sénat et son président, le Quai d’Orsay, fort d’une grand savoir-faire.

Oui, cette expérience nous a conduits à participer et à organiser ensemble diverses manifestations pour honorer avec tout l’éclat qu’il méritait le bicentenaire de la libération de ces pays.

Aujourd’hui, nous avons presque un goût d’inachevé, et nous devons perpétuer notre œuvre de façon différente, nouvelle, innovante, audacieuse, car le lien qui s’est tissé au fil du temps ne fut absolument pas programmé ; ce fut une réaction spontanée, naturelle, celle du peuple, celle du cœur !

Pour prolonger ces commémorations, leur donner un sens, en conserver une trace pérenne et célébrer mutuellement nos valeurs, il vous est proposé, mes chers collègues, d’adopter une proposition de résolution visant à demander au Gouvernement l’instauration d’une Journée de l’Amérique latine et des Caraïbes en France, célébrée le 31 mai de chaque année.

Ainsi pourrons-nous, tous les ans, à date fixe, organiser des manifestations sur l’ensemble du territoire de la République et rassembler, à cette occasion, nos compatriotes, ainsi que tous les amis de l’Amérique latine et des Caraïbes, qui sont plusieurs milliers sur notre sol, pour partager des moments de convivialité et, je veux l’espérer, d’allégresse mêlant à la fois culture et réflexion.

Les anniversaires ne doivent pas être uniquement l’occasion d’évoquer le passé. Ils sont aussi, et surtout, le moyen de se projeter dans l’avenir, afin de mieux le préparer à la lumière des acquis de l’histoire.

Sur ce chemin du partage, des difficultés nous attendent parfois ; à nous de savoir les analyser et de les surmonter pour aller de l’avant. Notre proximité historique, notre latinité, notre patrimoine culturel commun en seront davantage fortifiés et, avec eux, les liens d’amitié qui nous unissent.

Chercher à mieux se connaître est la démarche de tout acteur politique et économique ; chercher à se rencontrer pour apprécier les modes de vie et les règles établies par chacun pour avoir, enfin, de vraies relations partagées.

Innover sur un continent laisse l’avantage de la souplesse, car, d’un pays à l’autre, des choses peuvent différer à un moment donné, mais, dans la durée, cela permet d’assurer la constance d’un lien fort et bénéfique pour tous, en partant de la protection de la démocratie et en évitant les crises.

Oui, madame la ministre d’État, la France retrouve là son visage du siècle des Lumières. C’est cette France-là que nous aimons, celle que les Latinos aiment, celle qui donne et qui partage avant de chercher à recevoir.

Tout au long du chemin qu’est la vie se trouvent en permanence, dissimulés par un virage, un danger, un obstacle, qu’il faut savoir dominer et vaincre. Or, un pays qui est seul, comme un homme qui est seul, a toujours plus de mal à surmonter les difficultés. Le groupe, quant à lui, est une union, une union de force, de joie, d’amour, qui permet à chacun de les franchir les obstacles plus allègrement. C’est à la France, de par son histoire et le message dont elle est porteuse, de proposer son concours et d’être, si possible, un acteur puissant.

Madame la ministre d’État, associez-vous à nous dans un acte unique qui scellera l’amitié de la France pour tout un continent ! Notre proposition de résolution est comme une étoile de vie ou, si l’on préfère, la flamme qu’il faut entretenir pour maintenir l’enthousiasme et l’espoir de ceux qui la contemplent.

L’édifice se bâtit, pierre après pierre. Certes, un pan peut parfois s’écrouler, mais les fondations sont inébranlables. À nous de maintenir l’envie de revenir sur le chantier, jamais fini, toujours en mouvement, ce chantier du cœur et des hommes, qui rassemble et qui permet de bâtir un monde meilleur.

Ce rendez-vous annuel permettra de s’assurer que la vie commune existe, que l’espoir est toujours vivace et que les valeurs partagées sont plus importantes que tout.

En maintenant la voie tracée par les Lumières, voilà plus de deux cents ans, la France est égale à elle-même : elle rassemble et unit.

Le 8 novembre 2010, au Sénat, lors de la célébration solennelle du bicentenaire des indépendances des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, dans la salle Médicis, M. Pierre Lellouche, alors secrétaire d’État chargé des affaires européennes, avait bien voulu apporter, au nom du Gouvernement, son soutien à notre proposition de résolution, ce dont je le remercie de nouveau.

C’est fort de cet appui et des encouragements des représentants des corps diplomatiques présents dans notre tribune présidentielle cet après-midi, et que je salue, fort de nos cent quinze collègues cosignataires qui, tous groupes confondus, partagent la même démarche, ainsi que de l’ensemble des groupes d’amitié et de leurs présidents, que je vous invite, mes chers collègues, à voter, avec l’enthousiasme qu’elle appelle, la présente proposition de résolution. Le peuple de France vous en remercie. (Applaudissements sur l’ensemble des travées, ainsi que dans la tribune présidentielle.

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