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Service citoyen pour les mineurs délinquants 2e lecture : intervention de Jean-Pierre Michel

Thématique : Justice/sécurité

Date : 13 décembre 2011

Type de contenu : Intervention

M. Jean-Pierre Michel.  

Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, je vais m'efforcer de ne pas répéter ce qui a déjà été dit lors de la première lecture.

Mes collègues du groupe socialiste-EELV et moi-même nous sommes interrogés sur la position que nous adopterions à l'occasion de cette deuxième lecture. Finalement, nous avons décidé, sans beaucoup d'hésitation d'ailleurs, de déposer à nouveau une motion tendant à opposer la question préalable.

Sur d'autres textes, il pourrait en aller autrement, à mon humble avis du moins, le rôle du Parlement étant de légiférer, mais la proposition de loi que nous examinons aujourd'hui est purement un texte d'affichage. D'ailleurs, monsieur le garde des sceaux, une grande partie de ses dispositions sont de nature non pas législative, mais réglementaire, puisque l'ordonnance du 2 février 1945 permettrait déjà, par le biais d'habilitations, de placer des mineurs délinquants dans les EPIDe : il suffirait que des conventions à cette fin soient passées entre les juges des enfants et ces établissements.

Il faudrait surtout, monsieur le ministre, que vous obteniez l'inscription au budget des sommes nécessaires pour créer des places supplémentaires, or tel n'est pas le cas. La proposition de loi de M. Ciotti, qui veut attacher son nom à je ne sais quelle démonstration de force, n'a donc aucune espèce d'utilité,…

MM. Alain Gournac et André Reichardt. Comme la proposition de loi sur le droit de vote des étrangers ?

… puisque ce texte est de nature réglementaire et n'est accompagné d'aucun financement. C'est pourquoi nous avons décidé, pour la deuxième fois, de déposer une motion tendant à opposer la question préalable – comme vous-mêmes l'avait fait pour le texte que vous mentionnez, mes chers collègues.

J'ajoute que nous avons été confortés dans cette démarche par la lecture de la résolution de la conférence nationale des procureurs de la République, aux termes de laquelle, « sous l'avalanche des textes qui modifient sans cesse le droit et les pratiques, souvent dans l'urgence, sans étude sérieuse d'impact, et au nom de logiques parfois contradictoires, les magistrats n'ont plus la capacité d'assurer leur mission d'application de la loi ». Ce fut pour nous, qui respectons beaucoup les magistrats, tant du siège que du parquet, une raison supplémentaire de déposer la motion en question.

Monsieur le garde des sceaux, seul l'article 6 aurait pu nous inciter à y renoncer en vue de nous attacher à le modifier, après avoir simplement présenté des amendements de suppression des cinq premiers articles, qui sont de toute façon inutiles puisqu'il est déjà possible de placer des mineurs délinquants dans les EPIDe et de créer des places supplémentaires.

Comme je l'avais dit lors de la première lecture, cet article 6 tire les conséquences des décisions du Conseil constitutionnel d'une façon absolument scandaleuse ! Cela étant, j'ai l'espoir – peut-être sera-t-il déçu, car, en politique, les espoirs le sont souvent !

… que, durant le second semestre de l'année 2012, nous pourrons remettre sur le métier la réforme de l'ordonnance de 1945, mais d'une autre manière, le droit des mineurs méritant de faire l'objet d'une réflexion approfondie, prenant en compte les réalités actuelles de la délinquance des mineurs.

Nous pourrons alors revenir, par exemple, sur la présence de jurés populaires dans les tribunaux correctionnels pour mineurs.

Il n'y avait donc pas d'urgence à présenter cet article 6, d'autant que l'Assemblée nationale serait certainement revenue sur la rédaction judicieuse, alambiquée et astucieuse que vos services avaient su élaborer…

Aujourd'hui, l'important n'est pas là, et vous le savez très bien, monsieur le ministre ; l'important, c'est le malaise exprimé par les procureurs de la République.

Le Conseil constitutionnel, dans une décision récente, a jugé, à propos d'une proposition de loi relative à la simplification du droit, que la suppression des juridictions financières dans nos régions – peut-être pas dans la vôtre, monsieur Nègre, mais en tout cas dans la mienne ! – avait un lien avec l'objet du texte, mais que quelques petites mesures d'allégement de formalités anodines et réclamées de toutes parts constituaient des cavaliers législatifs. C'est sans doute ainsi que le Conseil constitutionnel entend faire la preuve de son indépendance totale à l'égard du pouvoir ! (M. Alain Gournac proteste.) Franchement, il y a de quoi rire ! L'attitude actuelle du Conseil constitutionnel est intolérable pour le législateur !

Si, monsieur Bas !

Si le Conseil constitutionnel persiste dans cette attitude, il devra s'attendre à une révision constitutionnelle portant sur sa composition et, surtout, sur sa procédure, afin de lui interdire de statuer ultra  petita  ! Je ne connais aucune autre juridiction, en France, qu'elle soit financière, administrative ou judiciaire, qui puisse se permettre de répondre à des questions autres que celles qui lui sont posées. Le sujet, mon cher collègue, je le prends comme je l'entends !

 

 

Le sujet, c'est la charge de cavalerie des procureurs de la République (M. Alain Nègre rit.), à l'exclusion des moins indépendants du pouvoir d'entre eux, tels le procureur de la République de Paris – je ne citerai pas son nom, déjà suffisamment célèbre ! – ou celui de Nanterre…

Nous avons reçu les signatures par courriel, monsieur le ministre, je vous les communiquerai si vous le voulez !

Les trois quarts des procureurs de la République ont donc lancé un appel solennel : ils en ont plus qu'assez que nous votions sans cesse des lois contradictoires, dépourvues d'études d'impact et dont ils ne savent que faire, ils demandent des moyens et, surtout, ils réclament une révision constitutionnelle leur apportant des garanties statutaires propres à écarter d'eux toute suspicion. Je regrette que vous n'ayez pas entrepris cette réforme constitutionnelle, monsieur le garde des sceaux,…

 

… car vous auriez ainsi laissé la marque de votre passage place Vendôme. Au lieu de cela, vous défendez un texte qui ne sert à rien,…

 

 auquel nous ne pouvons qu'opposer la question préalable !

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