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Indépendance de l'audiovisuel public : intervention de Claudine Lepage

Thématique : Culture/médias

Date : 1 octobre 2013

Type de contenu : Intervention

Mme Claudine Lepage :

« La désignation des responsables des chaînes publiques de télévision et de radio dépendra d'une autorité indépendante et non plus du chef de l'État et du Gouvernement. » Tels étaient les termes de l'engagement 51 du candidat François Hollande ; il nous appartient aujourd'hui de les traduire dans le droit.

La désignation des responsables de l'audiovisuel public par l'exécutif, mesure emblématique de l'ère Sarkozy, a d'emblée été contestée, sept Français sur dix s'y déclarant opposés. Cette seule considération suffit d'ailleurs à rendre une telle disposition inacceptable. En effet, comment envisager un audiovisuel public apprécié, donc performant, dès lors qu'il existe dans l'opinion un doute sérieux quant à son indépendance à l'égard de l'exécutif ?

Au-delà, c'est l'organisation même de la chaîne de télévision ou de la station de radio qui peut pâtir d'un tel défaut de crédibilité. À cet égard, le psychodrame qu'a connu l'Audiovisuel extérieur de la France, l'AEF, devenu depuis peu France Médias Monde, est révélateur. Tout le monde s'accorde à le dire, la gestion de l'AEF par Alain de Pouzilhac, nommé à la tête de l'entreprise par son ami Nicolas Sarkozy, a été calamiteuse, notamment parce qu'il ne bénéficiait pas de la confiance d'une grande partie de ses salariés.

Au regard de cette funeste expérience, je me réjouis que la réforme mette fin à la pratique qui avait cours voilà cinquante ans, à l'époque où l'ORTF n'était rien d'autre que la « voix de la France ».

Le texte garantit donc l'impartialité et la transparence de procédures de nomination collégiales. Certes, des esprits chagrins regretteront l'impossibilité pour le Parlement de valider les nominations suite à une récente décision du Conseil constitutionnel.

Mais rappelons-nous que le texte prévoit également une réforme d'envergure du CSA, dont la composition bénéficiera dorénavant d'une garantie d'indépendance, ses membres devant voir leur nomination approuvée par une majorité des trois cinquièmes au Parlement. Une telle exigence de majorité spéciale induira ainsi des nominations transpartisanes ou, du moins, consensuelles.

En tant que sénatrice des Français de l'étranger et rapporteur, ces dernières années, des crédits de l'audiovisuel extérieur, je suis particulièrement sensible à l'anticipation législative qui a été effectuée par le Président de la République pour la nomination de Marie-Christine Saragosse à la tête de l'AEF.

Pour en finir avec les errements du passé et faire repartir ce formidable outil de rayonnement de la France qu'est l'AEF, François Hollande a ainsi confié au CSA le soin d'en désigner le président. Mme Saragosse reconnaît d'ailleurs elle-même qu'une telle procédure a rendu sa position plus confortable. Sa crédibilité auprès des salariés s'en est trouvée renforcée, lui dégageant une plus grande marge de manœuvre. Tout le monde s'accorde aujourd'hui pour saluer le beau travail qu'elle a déjà accompli.

France Médias Monde a retrouvé une cohérence avec un véritable projet, englobant France 24, Radio France internationale, RFI, et Monte Carlo Doualiya. Il nous appartient d'encourager, de stabiliser et de sécuriser les équipes d'une entreprise en renaissance.

À cet égard, je souhaite évoquer la question de la diffusion de tels médias en France, même si j'ai bien conscience que ce n'est pas l'objet principal du projet de loi.

Certes, notre audiovisuel extérieur est un outil de rayonnement de notre langue, de notre culture et de nos valeurs à l'étranger, et d'information de nos communautés expatriées. Mais, comme l'a évoqué sa présidente, il remplit également une mission que l'on pourrait qualifier de « sociétale », en s'adressant, certes, à des auditeurs ou téléspectateurs, mais également à des citoyens.

Par exemple, selon Jean-Luc Hees, président de Radio France, RFI remplit des missions de service public laissées de côté par les médias nationaux.

Il serait donc certainement positif de permettre à tous les habitants de notre pays, et pas seulement à ceux de l'Île-de-France et, exceptionnellement, de Marseille, en tant que « capitale européenne de la culture », de bénéficier de l'expertise particulière de cette radio sur l'Afrique.

De même, au seuil de la campagne pour les élections européennes, alors même que, chacun en conviendra, l'actualité européenne ne passionne malheureusement pas les médias nationaux, n'est-il pas incongru que les personnes résidant en France ne puissent pas bénéficier, à l'instar des Français partout ailleurs dans le monde, d'émissions telles que Accents d'Europe , qui visent à créer un sentiment européen ?

Et que dire de l'incompréhension des parlementaires européens, qui s'étonnent de ne pas pouvoir écouter leurs propres interviews depuis Strasbourg, où ils siègent ?

Madame la ministre, ne pensez-vous pas qu'il est temps d'ouvrir la diffusion de RFI à plusieurs villes de France, notamment Strasbourg ?

Dans le même esprit, envisagez-vous une diffusion pérenne de Monte Carlo Doualiya en France, alors même que l'expérience menée conjointement avec RFI à Marseille doit prendre fin le 31 janvier prochain ?

Cette radio arabophone, créée par la France voilà plus de quarante ans, laïque, universaliste, soucieuse de l'égalité entre les hommes et les femmes offrirait pourtant une solution de remplacement bienvenue aux radios de langue arabe, toutes confessionnelles, qui sont présentes sur notre territoire.

Enfin, madame la ministre, vous aviez évoqué un possible octroi d'une fenêtre sur la télévision numérique terrestre, la TNT, pour France 24. Où en est la réflexion ?

Il me semble d'ailleurs que l'option d'une fenêtre sur France 3 Île-de-France mérite d'être envisagée avec prudence : France 24 n'a pas vocation à être la chaîne d'information de l'intelligentsia parisienne. (Exclamations amusées.) La chaîne doit pouvoir apporter un éclairage différent sur l'actualité à l'ensemble de nos concitoyens.

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