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Le discours de clôture de Jean-Marc Ayrault aux journées parlementaires

 

 

 
Discours de clôture de Jean-Marc Ayrault lors... par PartiSocialiste

 

Discours de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre
aux journées parlementaires du Parti Socialiste
Dijon, jeudi 20 septembre 2012

Monsieur le Président du Sénat
Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Chers amis,
Je suis heureux de me retrouver parmi vous
Je salue François Rebsamen, Bruno Leroux, Catherine Trautmann, Jean-Pierre Bel, Claude Bartolone avec lesquels j'ai partagé tant de combats et de complicité.
Je salue la présence parmi nous d'Harlem Désir, premier secrétaire par intérim à qui revient la tâche de nous rassembler, et auquel je dis ma confiance et mon entier soutien,
Salut à vous toutes et tous, députés, sénateurs, députés européens avec lesquels j'ai organisé de si nombreuses journées parlementaires comme celle-ci, et avec lesquels j'ai construit au cours des 10 dernières années l'alternative à la droite. Nous avons enduré, préparé et espéré ce moment, celui du changement.
Et bien nous y sommes !
Ce sont aujourd'hui des journées qui ressemblent aux précédentes et pourtant pour vous, pour moi, pour nous, tout est différent : nous sommes aux responsabilités.
Les Français qui ont choisi de nous confier la direction du pays en mai et qui ont confirmé ce choix en juin ne nous regardent plus de la même manière.
Longtemps nous nous sommes comportés comme le nécessaire contre-pouvoir. Nous sommes désormais le pouvoir.
Chacune de nos déclarations, chacun de nos actes nous engagent. Nous disposons de la majorité dans les deux chambres, nous présidons quasiment toutes les régions, nous gérons la majorité des départements et des grandes villes. Jamais nous n'avons disposé d'une telle responsabilité.
Nous devons collectivement être à la hauteur de cet enjeu.
C'est valable pour le président, pour le Premier ministre, pour l'ensemble du gouvernement. C'est également vrai pour les parlementaires;
Nous sommes regardés comme un ensemble cohérent et nos succès futurs tiennent au maintien de cette cohérence.
La situation du pays, la situation de l'Union européenne, la situation du monde exigent de nous autant de retenue dans l'expression que de détermination dans l'action.
Lorsque la boussole s'affole, nos concitoyens attendent de nous que nous montrions ensemble le Nord.
Le continent européen est en crise. Les gouvernements conservateurs avaient jusqu'ici adopté une position simple : l'austérité budgétaire. Nous l'avons combattue.
Nous avons porté tout au long de la campagne présidentielle, la volonté d'une réorientation de la politique européenne.
Cette réorientation a même été le sens du dépassement des clivages entre partisans du oui et du non.
Cette réorientation jusqu'ici inimaginable, l'élection du 6 mai, la force de conviction de François Hollande, l'ont rendue possible.
Au traité budgétaire, les européens ont accepté d'ajouter un pacte de croissance, la supervision bancaire, la taxe Tobin... autant de combats que nous avons portés pendant toutes ces années d'opposition. Et c'est ce "paquet européen" que vous aurez dans quelques jours à approuver.
C'est parce que cette étape a été franchie en juin que les lignes bougeront encore. Les tabous sautent un à un. La décision prise par Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne d'acheter "sans limites quantitatives" des obligations gouvernementales sur les marchés secondaires doit être saluée.
Qui aurait pensé, il y a quelques semaines encore que la BCE prendrait une telle décision ?
Oui l'Europe est en train de changer.
Une première étape a été franchie. D'autres viendront. Ce que je vous demande aujourd'hui c'est d'accompagner l'effort entrepris par le président de la République en approuvant ce "paquet européen".
Pour gravir un escalier, le plus pertinent c'est de ne pas s'arrêter à la première marche.
Nous avons tant attendu ce moment que parfois, nous-même, sommes tentés de céder à la tentation de l'impatience.
Nous sommes socialistes et pourtant nous versons parfois dans la mythologie bonapartiste des cent jours.
Je comprends cette impatience qui exprime aussi une inquiétude parce que chacun a conscience de l'Etat dans lequel la droite a laissé la France.
Mais gouverner c'est choisir. Et parmi ces choix, il y a la fixation du calendrier. Tout ne se fera pas en 100 jours ou même en 200.
Notre priorité est d'abord la lutte contre le chômage, la lutte pour l'emploi, la lutte pour le sauvetage de ces entreprises qui annoncent des plans sociaux.
Vous venez de voter en première lecture à l'Assemblée, le texte qui permettra la création de 150 000 emplois d'avenir. Vous serez saisi à l'issue de la négociation entre les partenaires sociaux, du projet de contrat de génération qui permettra l'embauche de 500 000 jeunes en CDI et le maintien dans l'emploi d'un nombre équivalent de séniors.
Avant la fin de l'année, les partenaires sociaux devront avoir conclu leur négociation dans le cadre de la grande conférence sociale. Sur la sécurisation des parcours professionnels et le financement de la protection sociale, nous allons avancer.
Nous voulons limiter la précarité sur le marché du travail, mieux accompagner les mutations économiques et mieux anticiper l’évolution de l’activité des entreprises, afin que le licenciement ne soit pas la seule réponse aux difficultés des entreprises. Nous voulons développer la formation professionnelle, pour conforter la reconversion des salariés.
Faute d'accord entre les partenaires sociaux, le gouvernement prendra ses responsabilités avec toute l'expertise de Michel Sapin. La guerre contre le chômage est engagée.
Pour stimuler l'accès au crédit, permettre aux PME, aux entreprises innovantes de retrouver l'oxygène qui leur manque, pour accélérer la transition énergétique, nous créerons avec Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg, la banque publique d'investissement avant la fin de l'hiver. Le soutien à l'activité, et à la croissance est engagé.
Nous voulons revaloriser le travail, une réforme fiscale d'ampleur permettra d'imposer le capital et le travail au même niveau. L'essentiel de l'effort épargnera les classes moyennes.
Le projet de loi de Finances que vous présenteront dans quelques jours Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac visera tout à la fois le redressement de nos comptes publics et le rétablissement de l'équité. La justice fiscale est engagée.
Nous subissons une crise du logement sans précédent. Cécile Duflot a mis en oeuvre le blocage des loyers dans les zones les plus inflationnistes. Actuellement vous discutez de la cession des terrains de l'Etat qui autorisera de nouveaux programmes de construction. La rénovation des quartiers est en route avec François Lamy.
Le chantier du logement pour tous est engagé.
A l'automne, aux termes d'une consultation de haute tenue, Vincent Peillon proposera une grande loi sur la refondation de l'école républicaine. La promotion par l'éducation, la priorité donnée à la jeunesse, sont engagées.
Nous voulons l'égalité. Après la dépénalisation de l'homosexualité obtenue en 1981 avec François Mitterrand, le PACS voté grâce à Lionel Jospin, nous ferons au premier semestre 2013, avec Christiane Taubira et Dominique Bertinotti, le mariage pour tous et l'adoption par les couples homoparentaux. La France est une République laïque qui garantit la liberté de
conscience et le libre exercice des cultes, qui respecte les convictions religieuses et philosophiques, mais aucune ne peut s'imposer à tous. Le mode de vie des Français ne peut être soumis à aucune spiritualité. Une nouvelle étape pour l'égalité est engagée.
Nous avons entamé le changement dans tant de domaines...
Nous venons ainsi de tenir il y a quelques jours la conférence environnementale avec Delphine Batho, qui a engagé le grand chantier de la transition énergétique.
S'agissant de notre patrimoine commun, de cet héritage environnemental que nous lèguerons à nos enfants, aucun intérêt financier supérieur ne guidera notre action.
Ainsi s'agissant des OGM, la publication d'une étude par des chercheurs Français mettant gravement en cause l'innocuité à long terme du maïs transgénique NK 603 a provoqué la saisine immédiate de l'agence de sécurité sanitaire et l'autorité européenne des sécurité des aliments. J'ai demandé une procédure rapide, de l'ordre de quelques semaines, qui permette de vérifier la validité scientifique de cette étude. Si les résultats sont concluants, Stéphane Le Foll défendra au niveau européen l'interdiction de ces OGM.
Le changement est en cours. Dans tous les secteurs. Tous les ministres sont au travail.
Alors oui, il y a 60 propositions dont nous avons appris jusqu'à la numérotation et parfois en entendant certaines réactions, j'ai le sentiment que certains aimeraient que nous ayons achevé l'ensemble du projet présidentiel avant Noël...
J'ai ainsi lu une tribune de certains parmi vous, impatients de voter le droit de vote des étrangers aux élections locales. Je partage avec eux, avec le Président et avec vous toutes et tous cette ambition.
Pour parvenir à nos fins, il nous faudra modifier la constitution et pour cela trouver une majorité des trois cinquièmes dont la gauche ne dispose pas au Parlement. Pour la faire aboutir nous aurons besoin de concours extérieurs, d'esprits éclairés, qui - ne cédant rien à l'air du temps - accepteront cette avancée démocratique. Cela suppose un débat apaisé, dépassionné, et que rien ne vienne donner le sentiment d'une instrumentalisation.
Je ne souhaite pas une majorité caporalisée. Cela ne correspond pas à notre culture. Nos histoires sont diverses. Elles sont notre richesse, mais prenons garde à ce qu'elles ne deviennent pas notre faiblesse.
Je ne vous demande pas de faire voeu d'obéissance, je souhaite votre concours, votre contribution, votre mobilisation.
Je vous demande de participer aux côtés du gouvernement à la réussite de la gauche.
Dans quelques jours vous examinerez une proposition de loi que vous avez conçue autour de François Brottes sur la tarification progressive du gaz et de l'électricité. Cette initiative parlementaire constituera une formidable avancée écologique et protègera le pouvoir d'achat des plus fragiles.
Nous voulons également une nouvelle étape de la décentralisation. Pour cela, le gouvernement prendra appui sur les Etats généraux de la démocratie territoriale organisés par le Sénat et Marylise Lebranchu présentera à partir de ce travail un projet de loi. Des compétences nouvelles seront transférées aux collectivités territoriales et les compétences des différents niveaux de collectivités seront clarifiées. Contrairement au gouvernement précédent, qui n’a eu de cesse de marquer sa défiance à l’égard des élus, nous conforterons les libertés locales et nous développerons des relations de confiance, nous établirons un pacte avec les acteurs de la démocratie locale.
Alors oui, Concevez, écrivez, proposez!
La discussion doit être libre. Votre parole doit être respectée. Vos amendements et vos propositions de lois doivent être étudiés. Nos orientations doivent être partagées. Mais le respect du cadre collectif doit être notre règle partagée. J'ai présidé le groupe à l'Assemblée pendant 15 ans, j'ai toujours veillé à ce que nos divisions ne l'emportent jamais sur ce qui constitue notre mission commune.
Notre cap est celui qu'a fixé le président de la République. Ses engagements pris devant les Français nous engagent tous. C'est pourquoi vous serez amener à vous prononcer avant les prochaines élections municipales sur le non cumul des mandats.
Je sais que disant cela je m'expose à la critique. Y compris la vôtre. Mais je veux vous convaincre que nous n'avons d'autre chemin que celui du respect de la parole donnée.
Rien ne nous sera épargné. Il en est toujours ainsi de celles et ceux qui veulent changer l'ordre des choses. Tous les préjugés nous seront opposés. On nous ramènera à notre prétendu laxisme en matière de sécurité, et c'est pourquoi, chaque fois qu'il rappelle au respect des règles républicaines, je soutiens sans état d'âme l'action de Manuel Valls.
Toutes les forces du conservatisme conjugueront leurs efforts pour résister au mouvement et au progrès. On dressera devant nous tous les obstacles, ceux de l'habitude, de l'usage, de la tradition, de la technique, de la bien-pensance économique, sociale, morale.
On cherchera aussi à nous diviser. A nous opposer. A placer les ambitions concurrentes les unes face aux autres.
A tout cela, vous devez être prêts.
La droite est pour quelques semaines encore empêtrée dans ses conflits internes. Mais lorsque Jean François Copé et François Fillon auront fini de faire recompter leurs mots de soutiens, lorsque la droite se sera remise en ordre de marche, elle se reprendra à espérer.
Pour elle, nous serons toujours illégitimes à gouverner. Pour elle, nous n'occuperons jamais les responsabilités que par "effraction".
Bientôt, les dirigeants de l'UMP chercheront à refermer par tous moyens ce qu'ils ne considèrent que comme une parenthèse dans leur histoire.
Et nous devrons tenir bon. Faire la pédagogie de notre action. Montrer notre unité. Elaborer les étapes suivantes.
Une nouvelle génération de parlementaires est arrivée à l'Assemblée comme au Sénat. Nombre d'entre eux prendront des responsabilités dans notre parti à l'issue du prochain congrès. C'est une chance de pouvoir marier l'élan à l'expérience des plus anciens.
Lorsque de mon banc j'observe alternativement la droite et la gauche dans les deux hémicycles, je ne peux m'empêcher de comparer. D'un côté une droite qui attend sa revanche et de l'autre une majorité enthousiaste qui a soif de changement.
Je vous regarde et je me dis que votre force est communicative et que cette majorité présidentielle est une chance.
C'est une chance que nous ne devons pas laisser passer,
C'est une chance que je ne laisserai pas passer.
Merci !

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