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Langues régionales ou minoritaires : intervention de Yannick Botrel

Thématique : Collectivités territoriales
Culture/médias

Date : 27 octobre 2015

Type de contenu : Intervention

M. Yannick Botrel :

Monsieur le président, madame la garde des sceaux, mes chers collègues, au travers de l'examen de ce projet de loi, nous touchons manifestement à un sujet sensible, tout du moins pour certains d'entre nous, la meilleure preuve en étant la motion de rejet présentée par le groupe Les Républicains.

Personnellement, je ne crois pas vraiment sérieuses les raisons exposées pour justifier le dépôt de cette motion ; elles m'apparaissent surtout comme des prétextes.

Refuser d'entamer le débat sur cette question qui, admettons-le, divise certains partis, n'empêchera pas que celle-ci soit évoquée et devienne même un thème lors des élections régionales de décembre prochain en différents endroits de France.

C'est donc une question d'incompatibilité dans notre ordre juridique interne qui est soulevée par la majorité sénatoriale et qui a entraîné le dépôt de la motion de rejet que nous nous apprêtons à discuter.

Je ferai tout d'abord remarquer l'incertitude juridique dans laquelle nous nous trouvons. Les constitutionnalistes et experts consultés expriment des avis différents sur la compatibilité de la charte avec notre ordre juridique national.

Certains mobilisent l'avis négatif du Conseil d'État ou la décision rendue en 1999 par le Conseil constitutionnel, quand d'autres invoquent le rapport Carcassonne de 1998, pour ne prendre que ces exemples. Bref, nous sommes loin de l'unanimité !

La déclaration interprétative existante permet pourtant de disposer d'un certain nombre d'assurances. Tout d'abord, je veux rappeler avec force que la ratification de la charte n'entraînera pas la reconnaissance de minorités linguistiques en France, ce qui serait effectivement contraire à la Constitution.

De la même manière, les relations entre les administrés et l'administration ne seraient pas fondamentalement modifiées dans la pratique, toujours à la lumière de la déclaration interprétative.

Dès lors, où est le problème ? Celui-ci tient en réalité à une conception de la France, fondée sur une vision centralisatrice et uniformisatrice du territoire, qui a pu avoir son explication et ses raisons dans le passé, mais qui n'est plus, aujourd'hui, de saison.

Notre pays n'est plus celui du XIXe siècle, la langue française y étant parlée et comprise partout désormais ! Dès lors, est-il opportun et intellectuellement justifié de dramatiser un sujet qui n'en demande pas tant ? Je crois sincèrement qu'il est abusif de penser que, au XXIe siècle, la reconnaissance des locuteurs de nos langues régionales et minoritaires fragiliserait notre pays et ses institutions, d'autant que les langues régionales sont déjà, en elles-mêmes, reconnues par notre Constitution !

J'en veux pour preuve que l'école publique elle-même développe aujourd'hui, et avec succès, des filières bilingues dans les régions de France concernées par l'existence d'une langue vernaculaire.

Nous sommes collectivement attachés aux institutions républicaines, et personne n'est le détenteur exclusif de leur défense ni de l'intégrité nationale, que ce projet de loi ne menace en rien selon moi.

Il ne menace pas l'unité de la nation, il ne met pas en péril les institutions, et affirmer le contraire revient à vouloir instrumentaliser le droit à des fins politiques : c'est là le second élément qu'il me semble important et nécessaire de souligner.

Il ne s'agit en aucun cas de contraindre qui que ce soit à un usage linguistique contre son gré, et aucune de ces langues n'a vocation à se substituer à la langue officielle de la République, que ce soit pour des raisons institutionnelles ou pratiques, tout simplement.

Les langues dont il est question appartiennent au patrimoine national et, d'un point de vue culturel, au patrimoine mondial. À cet égard, et pour ne citer que deux exemples, le basque, par le fait que cette langue constitue un isolat linguistique, mérite d'être perpétué, comme le breton, dernière langue celtique continentale. Ne serait-ce que pour cette raison, la question mériterait un débat au fond, et non cet escamotage auquel la motion de rejet prétend nous conduire.

Sur un autre point, je souhaiterais réagir aux propos de notre collègue Bruno Retailleau. Ce dernier a cru bon d'en appeler aux dangers du communautarisme. Je le dis d'emblée, cet argument n'est pas à la hauteur : il est facile et relève de l'anathème, ce qui évite d'argumenter davantage.

Je soumets à M. Retailleau un sujet de réflexion : c'est en Bretagne, dans l'aire géographique de la langue bretonne, que le Front national réalise ses moins bons scores. C'est là aussi que de nombreuses municipalités acceptent aujourd'hui l'accueil de réfugiés du Moyen-Orient, comme nous avons accueilli en d'autres temps des réfugiés espagnols.

Je comprends, mes chers collègues, qu'il soit confortable pour certains de ne pas aller au bout de ce débat qui les divise, a fortiori  à quelques semaines des élections régionales. Le repousser une nouvelle fois, quand la possibilité de le trancher au fond nous est offerte, me semble parfaitement inepte. Le refuser revient, tout en prétendant admettre l'existence des langues régionales, à minoriser leur pratique dans nos territoires. La Charte européenne qu'il nous est proposé de ratifier ne retire de droits à personne ; elle reconnaît simplement un fait.

J'en appelle donc à l'objectivité, à la raison et au refus du conformisme idéologique. J'en appelle au débat parlementaire, au débat démocratique, et je vous invite donc naturellement, mes chers collègues, à refuser la motion de rejet.

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