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Thématique : Affaires étrangères/défense
Date : 1 mars 2011
Type de contenu : Intervention
M. Didier Boulaud
- Nous voici avec de nouveaux ministres de la défense et des affaires. Sans porter de jugement sur les hommes qui se succèdent ainsi à un rythme endiablé, permettez moi de regretter la légèreté avec laquelle, au sommet de l'Etat, sont traités des secteurs aussi importants que celui de la défense ou celui des affaires étrangères. Légèreté qui montre à l'évidence que seules comptent les décisions prises, 55 bis faubourg Saint-Honoré ; peu importe de savoir qui occupe la rue Saint-Dominique ou le Quai d'Orsay ! Certes, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la France n'est pas la grande puissance qu'elle était ; mais naguère encore, elle était entendue, comme lors de la guerre d'Irak. Hélas, avec un appareil de défense amoindri, nous nous berçons d'illusions. Nous perdons pied en Afrique, et les Français s'en rendent compte. Je n'aurai pas la cruauté de revenir sur notre cécité au Maghreb ou au Machrek, sans oublier le Sahel : les faits parlent d'eux-mêmes. La responsabilité n'en n'incombe qu'au seul décideur suprême et non aux multiples lampistes qu'on essaye parfois de jeter en pâture à l'opinion publique.
J'attends toujours que le Gouvernement vienne justifier devant le Parlement l'acte de contrition de la France au Rwanda, acte de contrition porté en l'occurrence, par quelqu'un qui à l'époque, -il est ministre seulement depuis 24 heures-, n'était nullement habilité au moment des faits par un quelconque mandat que le peuple lui aurait confié.
On a l'impression que notre action dans le monde est entre les mains d'un cabinet d'avocats d'affaires ! En conséquence, la position de la France n'est plus comprise : par exemple, les capitales arabes n'ont pas encore compris notre retour dans le commandement intégré de l'Otan et n'y ont vu qu'un alignement suiviste et à contretemps sur Georges Bush le petit. La Turquie, grand pays stratégique s'il en est, s'étrangle devant le comportement de la France à son égard, et je ne dis rien de ce qu'il est advenu de notre relation avec le Mexique.
En relisant le discours du général de Gaulle à Mexico, de François Mitterrand à Cancun, je me disais : qu'avons-nous fait de tout cela ?
Nous ne nous plaindrons pas de ce débat, même si l'on eût pu attendre la signature de l'ensemble. Ils entérinent notre repli derrière l'Union européenne. La question est celle de la coopération militaire : est-elle le bon vecteur ? Ne négligeons-nous pas les revendications sociales et politiques, dont nous venons de voir l'importance ? Et les gouvernements sont-ils toujours les bons interlocuteurs ? Il y faut des élections nationales incontestables, et une opposition digne de ce nom. Est-ce le cas au Gabon ? Et en Centrafrique, où l'opposition n'a pu qu'appeler au boycott des législatives ? Il est vrai que le Quai d'Orsay n'a fait que prendre acte de la reconduction du président sortant. Il ne saurait y avoir deux poids deux mesures. Au Cameroun, au Togo, rien n'est fait non plus pour rassurer !
On adapte, nous dit-on, nos accords au temps présent, en impliquant, en toute transparence, notre Parlement, pour aider l'Afrique à se construire. Mais les Africains ne veulent pas voir confisquer nos partenariats. Où est le plan d'ensemble ? Où est le bilan sur notre coopération en matière de sécurité ? Nous manquons d'éléments sur tout, y compris en ce qui concerne l'état de nos capacités.
Quelle place au renseignement dans ces partenariats ? Quid de notre présence en l'état du budget de la défense ? Nous nous interrogeons sur la réalité de notre investissement en Afrique.
Pourquoi ne pas reconsidérer la décision d'implanter une base à Abu Dhabi, alors que nous manquons cruellement de moyens au Sahel ?
Quid de notre présence en Côte-d'Ivoire, où la situation se dégrade ? Et au Tchad ?
D'autres accords de coopération existent avec d'autres pays africains : n'est-il pas bon de les remettre à plat au vu de la situation de l'Afrique du nord ?
Il est temps de dépouiller notre relation des oripeaux de la Françafrique. Or, nous avons entendu M. Sarkozy renouer avec les accords paternalistes sur l'homme africain pas encore entré dans l'histoire.
Vous comprendrez notre prudence : nous jugerons aux actes !