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Lutte contre la prolifération du frelon asiatique : intervention de Pierre Camani

Thématique : Agriculture/ruralité
Environnement/Aménagement des territoires

Date : 8 février 2012

Type de contenu : Débat

M. Pierre Camani :

Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je tiens tout d'abord à remercier Nicole Bonnefoy de nous donner l'occasion de débattre de la prolifération du frelon asiatique.

Dans le Lot-et-Garonne, la présence du frelon asiatique est une réalité bien visible. En ces heures d'hiver où les arbres sont délestés de leurs feuilles, les nids de vespa velutina , relativement impressionnants par leur taille, apparaissent, accrochés aux branches dénudées.

Comme cela a été rappelé, c'est dans mon département que l'espèce exogène a été repérée pour la première fois en 2004. Dès 2005, on comptait déjà plusieurs nids. Depuis, l'expansion du frelon asiatique n'a cessé de progresser. D'après une étude lancée auprès des communes de l'ensemble du département pour cartographier la présence du frelon asiatique, il y aurait, aujourd'hui, plus de 600 nids.

Adapté au climat hexagonal, ne connaissant pas de prédateurs et trouvant dans l'abeille domestique une alimentation lui convenant, le frelon asiatique a connu une propagation fulgurante, notamment dans le grand Sud-Ouest.

Épicentre de l'invasion, nos territoires ont été confrontés à un phénomène que non seulement ils ne connaissaient pas, mais surtout qu'ils n'avaient pas les moyens, humains, financiers et scientifiques de maîtriser.

Les premières victimes de l'introduction du frelon asiatique sur le territoire métropolitain sont les apiculteurs, et donc plus largement les agriculteurs.

Bien sûr, le lien de causalité strict entre la présence du frelon asiatique et la mort d'un rucher est difficile à évaluer, mais il est bien réel. À titre d'exemple, il a été estimé que, dans le Lot-et-Garonne, la vespa velutina serait responsable, dans les petits ruchers familiaux, de la perte de 40 % du cheptel d'abeilles.

La prolifération du frelon asiatique n'a pas seulement une incidence sur la filière apicole. En effet, on doit également s'inquiéter de l'impact de la présence du frelon asiatique sur la production arboricole fruitière, ainsi que sur la production semencière.

Les conséquences se situent à trois niveaux.

D'abord, au-delà des attaques mortelles sur les abeilles, la pression exercée sur les ruchers n'est pas sans effet. Les abeilles, affolées par la présence de colonies de frelons asiatiques à proximité de leurs ruchers, n'en sortent plus et ne jouent plus leur rôle essentiel dans la pollinisation des arbres fruitiers et des autres végétaux.

Ensuite, madame la ministre, votre ministère l'a lui-même reconnu, le frelon asiatique pourrait causer des dommages sur les fruits.

Enfin, je m'inquiète de l'impact, qui n'est pas sans importance, de la présence de nids de frelons asiatiques sur les activités humaines. En effet, si les nids sont le plus souvent repérés à très grande hauteur dans les arbres, les frelons asiatiques construisent également leurs nids dans les haies, dans les buissons, mais aussi dans les arbres fruitiers. Je prendrai l'exemple particulier de la production de prune d'Ente, à partir de laquelle est élaboré le pruneau d'Agen, que chacun ici connaît bien.

Le verger recouvre 9 000 hectares dans le Lot-et-Garonne. Aujourd'hui, le ramassage de la prune d'Ente est entièrement mécanisé. Les arbres sont secoués par un engin agricole pour en faire tomber les fruits. Le frelon asiatique étant beaucoup plus puissant et rapide que le frelon européen, vous imaginez aisément les conséquences pour les travailleurs agricoles de la présence d'un ou de plusieurs nids dans un verger ! Des accidents sont d'ailleurs déjà survenus.

C'est pourquoi, madame la ministre, je regrette moi aussi que, six années après l'apparition du frelon asiatique sur notre territoire, nous en soyons encore au stade de la réflexion.

Je déplore, alors qu'il est de la compétence de l'État de lutter contre les espèces invasives, que nous n'ayons mis en place aucun moyen d'action coordonné afin de limiter sa prolifération à l'ensemble de la France. Nous le savons maintenant, l'éradication du frelon asiatique dit « à pattes jaunes » paraît désormais impossible.

Il ne s'agit pas d'intervenir aveuglément. Il est temps que la lutte contre la prolifération du frelon asiatique soit organisée et coordonnée.

Madame la ministre, j'appuie la demande de ma collègue Nicole Bonnefoy : à quand un classement du frelon asiatique en organisme nuisible afin de donner un véritable cadre juridique au piégeage ?

À quand l'organisation d'une information coordonnée à l'ensemble de nos concitoyens sur les véritables dangers du frelon asiatique et la diffusion de renseignements sur les moyens de piéger cette espèce efficacement, sans nuire aux autres ? Les scientifiques le reconnaissent, le piégeage désorganisé, non sélectif, est parfois encore plus nuisible pour la biodiversité que le frelon asiatique lui-même.

Les chercheurs doivent bénéficier de fonds pérennes pour pouvoir faire avancer leurs travaux sur les phéromones afin de créer des pièges sélectifs.

Il est temps, madame la ministre, de mettre en place une véritable coordination entre les différents acteurs du monde institutionnel, scientifique et professionnel impliqués sur ce sujet.

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