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Lutte contre la prolifération du frelon asiatique : l'intervention de Jacqueline Alquier

Thématique : Agriculture/ruralité
Environnement/Aménagement des territoires

Date : 8 février 2012

Type de contenu : Débat

Mme Jacqueline Alquier :

Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, selon l'évaluation des écosystèmes du millénaire par le programme des Nations unies en 2005, les espèces exotiques envahissantes constituent la deuxième cause mondiale d'érosion de la biodiversité, juste après la destruction des habitats. La question du frelon asiatique est donc importante.

À partir de quelques individus arrivés par accident dans le Lot-et-Garonne en 2004, probablement via le commerce horticole international, le frelon asiatique s'est déjà répandu dans près de la moitié de la France, et même au-delà de nos frontières. Le biotope européen lui étant favorable, il n'y a aucune raison qu'il s'arrête là.

Nous avons bien compris, après avoir auditionné les chercheurs du Muséum national d'histoire naturelle, qu'il fallait s'accommoder de la situation : le frelon asiatique fait désormais partie de la faune de France.

Je rappellerai, après Mme Bonnefoy, que la présence de ce prédateur engendre quatre menaces.

Pour la population, d'abord, les frelons sont une menace dans la mesure où ils sont agressifs dès que l'on s'approche trop près de leur nid, leurs piqures pouvant être mortelles. Heureusement, le plus souvent, les nids sont en hauteur dans les arbres, ce qui réduit les risques.

Le deuxième danger est la prédation du frelon asiatique sur nos ruches d'abeilles. Son régime alimentaire se compose très largement de nos abeilles domestiques, animal social facile à capturer. Par ailleurs, sa présence stresse les ouvrières qui ne sortent plus ; les provisions de pollen pour l'hiver ne sont alors pas assez abondantes et la ruche meurt au printemps suivant.

Le troisième danger est la perte de biodiversité, directement par la prédation de ce frelon sur les hyménoptères sauvages, et indirectement pour les espèces végétales que ces dernières contribuent à polliniser.

Enfin, la prédation des frelons sur les insectes constitue une menace économique pour les cultures et les arbres fruitiers qui ne sont plus pollinisés.

Or, si on ne peut pas reprocher à votre gouvernement de ne pas avoir « éradiqué » la « bête », car à l'impossible nul n'est tenu, on est frappé par l'absence de politique, de stratégie et d'objectifs en vue de répondre aux problèmes posés, en dépit des préconisations présentées dès 2009 par le Muséum national d'histoire naturelle.

On pourrait, semble-t-il, facilement s'accorder sur trois points.

D'abord, il est indispensable d'informer la population sur la situation. Depuis 2004, aucune information claire n'a été donnée. En ne disant rien, on favorise la psychose qui se développe parfois.

L'inquiétude est entretenue aussi par les apiculteurs, qui se trouvent bien démunis dans leur lutte contre les frelons. Il faut leur venir en aide. Le piégeage des frelons aux abords des ruches à la fin de l'été peut être efficace, mais des mesures administratives doivent être prises.

Enfin, il me semble que vos services et ceux du ministère de l'agriculture auraient pu, et ce depuis longtemps, décider du statut juridique du frelon, ce qui permettrait de mettre en œuvre ces mesures. Il leur aurait même été possible de s'appuyer sur deux propositions de loi, déposées tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat. Une modification du code rural et de la pêche maritime devrait permettre d'inscrire le frelon asiatique parmi les organismes nuisibles. La destruction organisée et contrôlée de cet envahisseur pourrait alors être envisagée.

Certes, cette lutte a un coût. Nous ne pouvons accepter que, dans un cas comme celui-ci, vous laissiez les particuliers, les apiculteurs et les collectivités faire le travail à votre place. Il s'agit en effet d'un enjeu qui dépasse largement celui de chaque collectivité et qui concerne l'avenir de la biodiversité de notre pays.

L'organisation de la lutte contre le frelon asiatique est, de plus, un investissement utile. En effet, comme je l'ai dit en commençant mon propos, « l'aimable » frelon asiatique – rassurez-vous, je plaisante ! (Sourires.) – a choisi la France pour coloniser l'Europe. C'est évidemment regrettable, mais, sauf à fermer nos frontières, à contrôler chaque container qui arrive en France ou à pulvériser des insecticides sur les colonies de frelons, je ne vois pas comment on pourrait l'en empêcher.

Cette arrivée crée aussi des opportunités. En effet, nos chercheurs sont les premiers à étudier la biologie de cette espèce et à tenter de mettre au point des pièges sélectifs, par exemple par l'isolement de ses phéromones. Or ces chercheurs travaillent dans des conditions précaires : ils sont en perpétuelle recherche de financement, quand ils ne sont pas vacataires. C'est indécent et regrettable. En effet, si les introductions d'espèces ne sont pas un phénomène récent, elles se multiplient avec les échanges. Nous avons donc tout intérêt, me semble-t-il, à développer une ingénierie de pointe dans ce domaine.

Il faut se donner les moyens de lutter contre ces espèces, qui ont un impact environnemental, économique et sanitaire majeur, d'autant que, vous le savez bien, notre pays, via les collectivités insulaires d'outre-mer, où la faune et la flore sont particulièrement touchées par le phénomène, en est grandement victime.

Madame la ministre, je regrette les défaillances de l'information publique, la faiblesse des moyens consacrés à la recherche, les tergiversations liées à la mise en œuvre d'outils juridiques qui seraient adaptés à la lutte contre les dégâts causés par cet animal.

Je m'interroge sur les conséquences de cette situation. Notre pays ne pourrait-il pas, aux yeux de nos voisins européens, être considéré comme responsable de la prolifération du frelon asiatique, pour ne pas avoir consenti les moyens nécessaires pour l'appréhender, en anticiper et en limiter les effets ?

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