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Protection des consommateurs : intervention de Alain Fauconnier

Thématique : Industrie/entreprise/commerce
Services publics/transports/energie
Solidarité/Santé/Sécurité sociale

Date : 20 décembre 2011

Type de contenu : Intervention

M. Alain Fauconnier , rapporteur de la commission de l’économie, du développement durable et de l’aménagement du territoire.

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, l’objet du projet de loi que nous examinons aujourd’hui est de renforcer les droits, la protection et l’information des consommateurs. Comment ne pas souscrire à un tel objectif ?

Voilà pourquoi la commission de l’économie a travaillé dans un esprit constructif, en constituant un groupe de travail composé de sénateurs de toutes sensibilités politiques, dont certains ont assisté, à mes côtés, à une cinquantaine d’auditions.

Voilà pourquoi, également, notre commission a souhaité déléguer à la commission des lois l’examen de plusieurs articles relevant de sa compétence exclusive, sur lesquels notre collègue Nicole Bonnefoy reviendra dans un instant.

Voilà pourquoi, enfin, notre commission a adopté 129 amendements au projet de loi, dont 30 émanant de l’opposition sénatoriale.

Toutefois, aborder ce texte dans un esprit constructif ne nous dispense pas de le replacer dans un contexte plus global. En effet, l’adoption de mesures visant à renforcer les droits des consommateurs n’a de sens que si celles-ci se traduisent par une amélioration concrète. Or deux éléments viennent contredire la volonté affichée par le Gouvernement en la matière : la faiblesse du pouvoir d’achat, d’une part, et la réduction des moyens de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, la DGCCRF, d’autre part.

Toutes les réformes économiques conduites au cours du quinquennat ont appréhendé la question du pouvoir d’achat principalement sous l’angle de la dépense et des prix, comme si la hausse de la concurrence suffisait à faire baisser les prix et donc à augmenter le pouvoir d’achat. Ce fut le cas, notamment, de la loi du 4 août 2008 de modernisation de l’économie, dite « LME », ou de la réforme du crédit à la consommation.

Malheureusement, le recours à cet unique levier – la baisse des prix – n’a pas permis de restaurer le pouvoir d’achat des Français. Comme l’avait montré le rapport sur le bilan de la LME rédigé par notre collègue Élisabeth Lamure au nom de la commission de l’économie, l’impact de cette loi sur les prix reste difficile à déterminer. En effet, aucune étude économique n’a mis en évidence de manière claire la baisse des prix attendue de la politique de concurrence. Je citerai quelques chiffres pour vous en convaincre, mes chers collègues : après un recul de 0,6 % en 2008 et de 0,2 % en 2010, et une quasi-stagnation en 2009 et 2011, le pouvoir d’achat des ménages devrait baisser de 0,3 % en 2012.

Le Gouvernement affirme qu’il souhaite, avec ce projet de loi, s’attaquer aux dépenses contraintes. Il est en effet urgent de le faire – j’ai bien entendu vos propos, monsieur le secrétaire d'État –, puisque ces dépenses, qui représentaient environ 20 % du budget des ménages en 1979, constituent désormais 48 % du budget des ménages pauvres. De ce fait, les gains éventuels de pouvoir d’achat des travailleurs situés en bas de l’échelle des revenus sont de plus en plus accaparés par ces dépenses.

De même que la faiblesse du pouvoir d’achat, l’affaiblissement de la DGCCRF risque de priver d’effet les mesures incluses dans ce projet de loi. À cet égard, il existe une contradiction entre la volonté affichée de renforcer les droits du consommateur et la réduction des moyens de l’administration chargée de faire respecter ces droits.

  Je rappelle que, entre 2008 et 2012, ses effectifs ont baissé de 15 % et que, entre 2006 et 2010, le nombre de ses contrôles a diminué de 13 %. Dès lors, on ne peut que s’interroger sur sa capacité à assumer les nouvelles missions que lui confie le présent projet de loi.

Dans ce contexte, le projet de loi n’apporte qu’une réponse partielle et tardive. Passé de 11 à 56 articles à la suite de son examen par l’Assemblée nationale, il aborde désormais les sujets les plus divers, des ventes au déballage de fruits et légumes jusqu’aux antennes-relais, en passant par les soins esthétiques.

De nombreuses mesures vont dans le bon sens, monsieur le secrétaire d'État, comme le renforcement des droits des locataires, l’amélioration de la transparence en matière de téléphonie mobile ou encore la protection du nom des collectivités.

En réalité, mes chers collègues, ce texte est critiquable non par ce qu’il contient, mais par ce qu’il ne contient pas. (Exclamations ironiques sur les travées de l’UMP.) En effet, les mesures qu’il comporte sont très en deçà de ce qu’il faudrait faire pour répondre aux problèmes concrets que rencontrent aujourd'hui nos concitoyens.

La commission propose donc de transformer ce projet de loi en le complétant par trois volets : des mesures ambitieuses pour réduire les dépenses contraintes ; un dispositif d’action de groupe à la française pour améliorer l’effectivité des droits des consommateurs ; enfin, des dispositions fortes relatives au crédit à la consommation, que nous examinerons prochainement.

S’agissant des dépenses contraintes, j’ai identifié trois postes de dépenses essentiels pour le pouvoir d’achat des Français, qui mériteraient par conséquent de faire l’objet d’une approche plus volontariste.

Le premier poste est le logement. La commission a adopté un amendement visant à freiner la hausse des loyers à la relocation. En effet, cette hausse rend illusoire, notamment dans les « zones tendues », le droit au logement pourtant consacré par la loi. Alertés par les associations de consommateurs sur les « honoraires exorbitants » réclamés par certaines agences, nous avons adopté un amendement tendant à plafonner les frais d’agence.

Le deuxième poste crucial est l’énergie. La commission a adopté un amendement ayant pour objet de garantir aux consommateurs l’accès à un volume minimal d’électricité et de gaz à un coût très réduit. Cette mesure, qui présente un double avantage, social et environnemental, nous paraît d’autant plus urgente qu’une décision récente du Conseil d’État a conduit le Gouvernement à annoncer une augmentation de près de 5 % des tarifs réglementés du gaz à partir du 1er  janvier 2012. L’instauration concomitante d’une tarification progressive permettrait donc de réduire l’impact d’une telle mesure sur les ménages modestes.

Le troisième poste est la téléphonie mobile. La commission a adopté un amendement visant à contraindre les opérateurs à distinguer, sur chaque facture, la part du coût de l’abonnement et celle de l’amortissement du téléphone. Cette disposition permettra aux abonnés de connaître l’affectation de leurs dépenses en services de communications électroniques mobiles, et de mieux comparer les différentes offres concurrentes.

Outre ces mesures sur les dépenses contraintes, la commission a adopté, sur l’initiative de Mme Nicole Bonnefoy, rapporteure pour avis de la commission des lois, une mesure importante destinée à renforcer l’effectivité des droits des consommateurs : la création d’une action de groupe à la française. Sans m’étendre sur ce sujet que notre collègue développera, je me félicite de l’adoption de ce dispositif, qui permettra d’indemniser enfin, de manière juste et effective, des préjudices qui, aujourd’hui, n’ouvrent droit à aucune réparation.

Enfin, il me semble indispensable que le projet de loi aborde des questions auxquelles il n’a pas encore été apporté de réponse satisfaisante, notamment la prévention du surendettement des ménages. C’est pourquoi j’accueillerai favorablement un certain nombre d’amendements déposés sur ce sujet, que nous examinerons dans les prochains jours.

J’en viens à nos propositions de modification du projet de loi qui nous a été transmis. Dans un esprit constructif – je le répète –, la commission a conforté les avancées que ce texte comportait, s'agissant notamment de l’optique-lunetterie, sur l’initiative de notre collègue Gérard Cornu.

En revanche, la commission a supprimé certaines modifications contestables adoptées par l’Assemblée nationale.

Elle a ainsi rétabli, à l’unanimité, le mandat exclusif que les députés avaient remis en cause.

Elle a également réécrit l’article 1er du projet de loi relatif aux conventions d’affiliation dans le secteur de la grande distribution alimentaire. Après avoir pris connaissance d’un avis émis par l’Autorité de la concurrence, qui soulignait le très faible taux de changement d’enseigne des magasins dans la grande distribution, le Gouvernement avait intégré à son projet de loi un certain nombre de préconisations visant à supprimer les obstacles juridiques au changement d’enseigne. Cependant, à la suite de réactions très vives dans le secteur de la grande distribution, les députés ont affaibli le texte ; ils l’ont même, sur certains points, vidé de sa portée.

La commission a donc réécrit l’article 1er afin de rapprocher son texte des préconisations de l’Autorité de la concurrence. J’espère que, au sein de la Haute Assemblée, le consensus le plus large pourra prévaloir sur ces questions.

En conclusion, mes chers collègues, si toutes ces avancées sont intégrées au projet de loi, nous pourrons être fiers du texte que le Sénat adoptera, car il sera porteur d’une grande ambition pour améliorer concrètement, comme vous le souhaitez, monsieur le secrétaire d'État, la vie de nos concitoyens.

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