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Avenir de l'union pour la méditerranée : intervention de Mme Bariza KHIARI

Thématique : Affaires étrangères/défense
Union européenne

Date : 16 février 2011

Type de contenu : Intervention

Mme Bariza Khiari , auteur de la question. - En décembre, quand j'ai déposé cette question, il était envisagé de réunir un sommet de l'UPM : ce n'est plus le cas car le contexte a changé.

Je suis vice-présidente de l'assemblée parlementaire de la Méditerranée (APM) : tous les discours sur la Méditerranée empruntent à l'histoire et au lyrisme : « l'alphabet fut phénicien, le concept grec, le droit romain, le monothéisme sémite, l'ingéniosité punique, la munificence byzantine, la science arabe, la puissance ottomane, la coexistence andalouse, la sensibilité italienne, l'aventure catalane, la liberté française, et l'éternité égyptienne ».

Des antagonismes forts structurent les relations régionales. La Méditerranée a toujours été une zone de conflits, au confluent des cultures du nord et du sud.

En dépit de nos liens humains et historiques et de multiples structures, la Méditerranée demeure la région la plus inégale du monde. Le processus de Barcelone, lancé par Jacques Delors en 1995, était fondé sur la coopération. Mais le conflit israélo-palestinien et d'autres l'ont conduit à l'échec. Au lieu d'en dresser le bilan, la diplomatie sarkozyste a lancé le projet d'UPM, qui a rencontré un large scepticisme.

Ce projet fut profondément modifié par l'Allemagne, mais M. Sarkozy a transformé le fiasco diplomatique en succès médiatique.

Mme Bariza Khiari, auteur de la question. - Pendant deux ans, des négociations interminables sur les postes, le financement, la gouvernance n'ont pas abouti. L'an passé, deux sommets ont été reportés sine die . Le site internet vient seulement d'être lancé... en anglais.

La révolution égyptienne pose le problème de la coprésidence, détenue jusque-là par M. Moubarak...

A l'UPM, on ne sait qui décide de quoi. Comment mettre fin à ces problèmes institutionnels ? Les projets de coopération restent brûlants. Comment seront-ils financés ?

L'UPM aurait dû s'appuyer sur un Maghreb uni et fort. Le conflit du Sahel déstabilise la région.

Qu'avons-nous fait pour promouvoir une solution négociée ?

Nos relations avec l'Algérie ont été envenimées par l'inscription dans notre loi des « effets bénéfiques de la colonisation ». L'Algérie a été inscrite sur la liste des pays terroristes, alors qu'elle est la première victime.

Écoutons les peuples, les appels de détresse qui nous parviennent de bateaux de fortune qui traversent la Méditerranée !

L'occident persiste à croire que la démocratie est impossible dans les pays arabes. On confond l'islam politique et le besoin de spiritualité.

La politique française est marquée par trois contradictions. La première consiste à vouloir asseoir son influence sur la rive sud de la Méditerranée tout en attaquant les musulmans installés sur la rive nord. Lors du débat sur l'identité nationale, on est allé jusqu'à laisser croire qu'une chaîne de fast food  était la cinquième colonne de l'islamisation ! La future campagne présidentielle s'annonce mal... Et je passe sur le discours de Dakar, si maladroit malgré les avertissements d'un ambassadeur renvoyé depuis.

Les populations de la rive sud connaissent les dérapages du Gouvernement. Par son atlantisme béat, M. Sarkozy entretient l'idée du choc des civilisations, lancée par des néo-conservateurs américains. De même que le président Obama s'inscrit dans une phase post-raciale, les jeunes musulmans sont désormais dans une phase post-islamiste ; ils veulent vivre leur foi dans un monde ouvert.

Ensuite, on veut créer l'UPM en la fondant sur des projets mais on se concentre sur des objectifs migratoires. Ce n'est pas ainsi que nous nous prémunirons de l'instabilité du Sahel. Offrirez-vous enfin des possibilités migratoires aux populations de la rive sud ?

Enfin, le discours sur les droits de l'homme s'oppose à la politique de puissance.

Le président de la République qualifie le souci de liberté publique d'« idéologie droits de l'hommiste »... La diplomatie française est flagorneuse et hypocrite : ne saluait-elle pas les régimes dictatoriaux de Tunisie et d'Égypte ? Le mot français « dégage » est le seul apport de la francophonie aux révolutions arabes...

Si nous savons entendre les populations méditerranéennes, rien n'est perdu. Il faut renouer avec l'idée de progrès et d'universalisme des droits. La Turquie « démocratie musulmane » au sens où l'on peut dire « démocratie chrétienne » apparaît comme un exemple à suivre.

Quels enseignements tirerez-vous des révolutions récentes ?

Aucune coopération n'est possible sans considération. Proposons enfin aux populations de la rive sud un cercle vertueux, gagnant-gagnant !

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