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Sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé 2e lecture : intervention de Ronan Kerdraon

Thématique : Solidarité/Santé/Sécurité sociale

Date : 13 décembre 2011

Type de contenu : Intervention

 

M. Ronan Kerdraon :

Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la présidente de la commission, mes chers collègues, nous voilà donc à nouveau saisis du projet de loi relatif au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé.

Ce texte – chacun en conviendra – a vécu de nombreuses péripéties et, malheureusement, pas des plus heureuses. Aussi, permettez-moi d'ouvrir mon propos par un petit rappel chronologique.

En juin dernier, monsieur le ministre, vous annonciez le dépôt imminent de ce texte en redoublant d'intentions volontaristes, promettant notamment « une réforme en profondeur, qui ait du sens, dans un seul et unique objectif, protéger le patient ».

Cet objectif, louable s'il en est, ne pouvait que recueillir un large consensus et donc être partagé par l'ensemble des parlementaires, de nos concitoyens, des victimes et des professionnels. Il convenait d'agir vigoureusement pour éviter que ne se reproduise un scandale de la magnitude de celle de l'affaire dite du Mediator.

Conformément aux engagements que vous aviez pris au premier semestre, nous attendions donc – peut-être naïvement, me direz-vous – un texte ambitieux, courageux et efficace, bref, un texte qui réponde aux inquiétudes légitimes de nos concitoyens sur les effets des produits sanitaires destinés à l'homme.

Mais, en août dernier, nous avons eu la désagréable surprise de découvrir un projet de loi mièvre, en décalage complet avec les ambitions affichées à l'époque et, surtout, bien en deçà des préconisations et des propositions formulées par les parlementaires de tous bords à l'occasion de récents travaux sur la question.

Avez-vous été sensible aux intérêts économiques de l'industrie du médicament ? Avez-vous cédé aux pressions des lobbies pharmaceutiques, consciencieusement relayées par quelques conseillers vertueux ? Toujours est-il que vous vous êtes contenté d'une loi a minima , manifestement très insuffisante au regard des attentes de la société.

Le texte initialement présenté par le Gouvernement ne contenait, globalement, que des apports très limités au droit existant et écartait d'emblée les réformes rendues nécessaires, telles que la création d'un véritable statut de l'expert.

Si bien que votre projet de loi, s'il comportait quelques avancées ici et là, était très en retrait par rapport aux conclusions de la mission commune d'information sur le Mediator qui, je le rappelle, avaient pourtant été votées à l'unanimité quelques semaines auparavant.

Lors de la première lecture, au Sénat, il nous a donc paru indispensable de réviser en profondeur le texte que vous nous proposiez pour permettre de réorienter la politique du médicament au bénéfice des patients et de la santé publique, et non au profit des intérêts commerciaux des laboratoires.

C'est ainsi que les travaux de notre commission des affaires sociales, sous l'égide de notre rapporteur, Bernard Cazeau, suivis de l'examen par notre assemblée, ont permis d'enrichir considérablement ce texte, en y inscrivant une série de mesures que nous considérons comme indispensables. J'en citerai quelques-unes : l'obligation de déclaration publique d'intérêts pour les membres des cabinets ministériels ; …

 

 … des sanctions plus lourdes et proportionnelles au chiffre d'affaires pour les personnes morales ayant omis de rendre publique l'existence de conventions avec le corps médical ; le renforcement des pouvoirs de l'Agence pour contraindre les industriels à appliquer ses décisions, via notamment des astreintes journalières plus importantes ; la possibilité de recourir aux autorisations temporaires d'utilisation lorsque des conséquences graves à court terme pour le patient sont probables, et non plus seulement pour les personnes en fin de vie ; une meilleure représentativité des différentes catégories de malades lors des essais cliniques ; un nécessaire renforcement de la formation des professionnels de santé ou encore, grande avancée qui mériterait d'être généralisée, la possibilité de mener des actions de groupe pour les victimes d'accidents médicamenteux.

Ainsi revu et corrigé, ce projet de loi reprenait tout son sens et répondait aux préoccupations de nos concitoyens.

Mais voilà, c'était sans compter sur la force d'inertie des parlementaires UMP, qui, après s'être abstenus lors du vote au Sénat, ont délibérément fait capoter la commission mixte paritaire, arguant que la nouvelle version du texte allait trop loin.

Chronique d'un échec annoncé !

Mes chers collègues, je vous interroge : est-il possible d'aller trop loin dans la protection sanitaire des patients ?

Est-il possible d'aller trop loin dans la réparation du préjudice des victimes ?

Est-il impossible d'oser demander réparation aux laboratoires ?

Est-il impossible d'espérer une meilleure transparence de la chaîne du médicament ? Dans tout pays normal, non. En « Sarkozie », oui !

Aujourd'hui, voilà que ce projet de loi revient devant nous, après que l'Assemblée nationale eut pratiqué un travail de sape et d'épuration méthodique des principaux renforcements que nous avions apportés.

Passé sous les fourches caudines des députés de votre majorité, le texte qui nous est soumis n'est, au final, que la simple transposition de la directive communautaire relative à la pharmacovigilance.

Pour le reste, il faut se contenter du strict minimum, en renvoyant bon nombre de dispositions à des mesures réglementaires, ce qui, lorsqu'on sait le sort qui est parfois réservé aux mesures réglementaires et aux décrets d'application, est loin de nous rassurer.

De régressions en suppressions, de renoncements en reniements, la plupart des articles de ce projet de loi ont retrouvé leur état d'origine, celui du texte qui nous avait été transmis le 4 octobre dernier.

Exit les apports effectués sur la question des liens d'intérêt, de même que sur les dispositions relatives aux avantages consentis.

Régressions également sur la question de la gouvernance du médicament pour laquelle les choix opérés par le Gouvernement et la majorité présidentielle dépassent difficilement une portée purement cosmétique.

Reculade sur l'encadrement des procédures d'octroi des autorisations temporaires d'utilisation pour lesquelles le texte auquel l'Assemblée est revenue reste au milieu du gué en ne fixant aucun critère précis de durée de ces autorisations.

Suppression des mesures visant à mieux protéger le droit des patients face aux fabricants de médicaments, en dépit d'attentes sociétales extrêmement pressantes en la matière.

Recul encore sur les mesures de promotion, d'information et de formation des professionnels médicaux qui s'avèrent pourtant indispensables pour limiter l'emprise de l'industrie pharmaceutique.

Au total, ce sont presque toutes les avancées que nous avions adoptées ici, au Sénat, qui ont été supprimées par l'Assemblée Nationale à l'occasion de cette nouvelle lecture du texte !

Pourquoi un tel climat de défiance de l'Assemblée nationale à l'égard de nos travaux ?

Il ne semble exister aucune possibilité de trouver un accord sur les points essentiels, en raison d'une volonté délibérée d'écarter toute solution.

Mes chers collègues, c'est donc à la fois une grande déception, une profonde frustration, une certaine amertume et une grande colère qui m'animent aujourd'hui.

 

Nos travaux sur ce texte s'inscrivaient, comme le rapporteur l'a rappelé, dans le droit fil des conclusions de la mission d'information sur le Médiator sur lesquelles le consensus s'était imposé au sein de la commission des affaires sociales.

Alors que tous les observateurs s'accordent sur l'urgence d'une réforme ambitieuse, l'examen de ce projet de loi nous donnait l'occasion de concrétiser nos travaux et d'apporter des réponses réelles aux problèmes posés. Il nous permettait également de restaurer la confiance perdue de nos concitoyens dans le médicament et les agences sanitaires.

Au lieu de cela, c'est à un constat d'échec que nous arrivons. Les belles intentions du printemps dernier ont cédé devant la pression des lobbies . Et aujourd'hui – pour reprendre l'expression d'une victime que je recevais hier matin dans ma mairie –, vous culpabilisez les victimes.

Vous comprendrez donc que, dans ces conditions, nous refusions de nous prêter au simulacre de débat démocratique auquel vous nous invitez : nous considérons qu'il est inutile de prolonger la discussion, en tout cas sous cette législature, et nous voterons la motion tendant à opposer la question préalable qui sera proposée par M. le rapporteur.

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