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Séjour des étudiants étrangers diplômés : intervention de David Assouline

Thématique : Education/jeunesse/sport/recherche

Date : 18 janvier 2012

Type de contenu : Actualités

M. David Assouline :

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, beaucoup d'arguments très précis, en particulier dans les interventions de l'initiatrice de cette résolution, Mme Bariza Khiari, ont montré à quel point cette circulaire était une aberration.

Comme il ne s'agit pas d'une question de générosité ou de cœur – on n'attend plus cela de votre Gouvernement ! –,...

 

.. mais de raison, on est en droit de s'interroger sur les intentions que vous avez affichées quand il s'est agi de faire peur en faisant croire que nous étions devant une déferlante d'émigrés clandestins !

Au début, pour faire croire qu'il ne s'agissait que de cela, vous évoquiez les étrangers réguliers et leurs familles qu'il fallait sécuriser en France et vous teniez des discours tout à fait rassurants, rationnels, y compris sur l'attractivité de nos universités pour les étudiants étrangers. Mais, dans l'engrenage d'une politique politicienne qui est surtout une politique d'affichage, de campagne électorale, de drague d'un certain électorat, tout a dérapé et tous les messages se sont brouillés.

Monsieur le ministre, les libéraux, dont vous êtes et qui ne cessent de louer la libre circulation des biens et de l'argent dans le cadre de la mondialisation, se cabrent, deviennent très restrictifs, dirigistes, étroits d'esprit et se replient dès qu'il s'agit de la libre circulation des personnes !

Au mépris de la raison, de l'intérêt de notre pays, de son image dans le monde, de notre université et des enjeux dans le domaine décisif de la recherche au sein de la compétition internationale, votre circulaire du 31 mai 2011 est venue contrecarrer, ruiner les efforts de tous ceux qui se battent au quotidien pour le rayonnement de nos universités et de nos grandes écoles à l'échelon international, pour l'attractivité de nos structures, afin d'attirer les étudiants étrangers vers notre pays.

En effet, le problème n'est pas de savoir comment on les fait fuir. Depuis plus d'une dizaine d'années et pour tous les acteurs – les présidents d'université, l'administration des universités, nos ambassades à travers le monde –, le problème est au contraire de savoir comment aller les chercher...

.. dans un monde où la compétition est devenue acharnée dans ce domaine et où la position naturelle de la France est controversée par l'évolution du monde.

Avec cette circulaire, vous avez envoyé le message inverse, à savoir faire comprendre à ces étudiants qu'ils ne doivent pas venir et, pour ceux qui sont déjà là, qu'ils doivent repartir au plus vite. En fait, tous ceux qui sont dans la compétition avec nos structures françaises peuvent vous dire merci !

Au cours des débats sur l'enseignement supérieur, vous avez très souvent évoqué devant nous les classements internationaux, en particulier le classement de Shanghaï ou plus précisément l'Academic   Ranking  of World Universities , ARWU, précurseur du classement mondial des universités ou Global University   Ranking . Selon vous, il ne faut pas trop en tenir compte, car les critères retenus ne sont pas forcément universels. Nous avons nos atouts, d'autres ont les leurs. Il ne s'agit pas de copier l'université américaine, chinoise ou autre.

Mais un critère est présent dans tous ces classements : l'attractivité pour les étudiants étrangers, le rayonnement de notre université et de notre recherche dans le monde. Or, sur ce point, les effets de votre circulaire se font déjà sentir sur le nombre d'inscriptions à CampusFrance. De nombreux étudiants qui avaient envisagé de venir commencent à se dire que la France n'est pas l'endroit où ils doivent aller, car ils vont y rencontrer des difficultés. En effet, le premier emploi étant souvent la validation, la concrétisation du diplôme obtenu, si l'on n'a pas l'assurance de l'obtenir, on préfère ne pas venir, pour ne pas voir ses études et son diplôme dépréciés, voire invalidés.

Pourquoi avoir adressé une telle circulaire ? Probablement parce que l'essentiel pour vous n'est plus l'intérêt de notre pays, ni celui de l'université et de la recherche. Il est plus vraisemblablement d'envoyer des messages à un certain électorat pour une certaine élection...

Je terminerai mon propos avec la casquette de président de la commission sénatoriale pour le contrôle de l'application des lois, en disant que nous sommes en l'occurrence devant un cas d'école qu'a très bien souligné Mme Laborde.

Cette circulaire va plus loin que la loi que nous avions pourtant déjà contestée ; elle en restreint encore le champ, et cela pour une raison très simple : la volonté d'affichage ! Pis, certains me disent que les préfets vont au-delà de la stricte interprétation de la circulaire et qu'il s'ensuit très souvent des dérapages. C'est dû à toutes les consignes que vous leur envoyez pour que soient montrés du doigt les étrangers, qu'ils soient diplômés supérieurs ou simples travailleurs. Ces dérapages résultent de votre politique et de la façon que vous avez d'inverser le message envoyé de par le monde !

Et pour qu'un message aussi fort et aussi puissant que les dégâts que vous causez avec cette circulaire puisse en annihiler les effets, je souhaite que le vote de mai 2012 nous permette de revenir sur ce texte. Ce serait un nouveau signe lancé à l'adresse du monde entier !

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