Les premières annonces budgétaires de François Bayrou et de son gouvernement d’une part mais aussi les démarches initiées par la majorité sénatoriale d’autre part ont conduit les trois groupes de la gauche sénatoriale à se réunir, le mercredi 11 juin, afin d’en examiner la portée et d’adopter une déclaration commune.
Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, ce gouvernement, soutenu par la majorité
sénatoriale, alimente une dérive à la fois austéritaire et institutionnelle. La censure du
gouvernement Barnier a révélé l’isolement d’un exécutif privé de majorité. Mais, loin d’en tirer les conséquences, le pouvoir s’est obstiné, reconduisant les mêmes orientations néolibérales et
refusant tout infléchissement de sa démarche de désarmement fiscal et social — celles-là
mêmes que les électeurs ont désavouées en juillet 2024 en plaçant la gauche et son
programme en tête des élections législatives. Le recours systématique au 49.3 à l’Assemblée
nationale et à des secondes délibérations procédurales au Sénat pour imposer un budget
rejeté dans le pays n’a fait que confirmer ce coup de force démocratique.
Dans ce climat de tension, la droite sénatoriale se met au service du gouvernement mis en place
par Emmanuel Macron. Elle entend désormais faire du Sénat le centre de gravité du débat
budgétaire, cela pour contourner l’absence de majorité absolue et justifier une politique de
rabots budgétaires et de régressions sociales et environnementales. Mais qu’on ne s’y trompe pas, le Sénat ne peut se substituer à l’Assemblée nationale. Ce serait trahir l’esprit de nos institutions, dévoyer le rôle de la seconde chambre et précipiter la crise démocratique. Nous refusons cette pratique institutionnelle délétère.