Le Gouvernement a transmis aux institutions européennes son rapport d’avancement annuel (RAA) du Plan budgétaire et structurel à moyen terme de la France (PSMT) pour 2025-2029.
Avec le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain, nous avons abordé ce texte, transmis au Parlement pour débat sans vote, avec une double exigence : celle de la lucidité face aux déséquilibres budgétaires et celle la conviction que les choix budgétaires doivent impérativement servir la justice sociale et la transition écologique.
Les chiffres de ce RAA sont sévères : un déficit à 5,8 % du PIB en 2024, bien au-delà des prévisions ; une dette publique qui dépasse allègrement les 110 % du PIB ; des prévisions de croissance systématiquement revues à la baisse.
Face à ce constat alarmant, le Gouvernement nous présente une trajectoire corrigée pour les années à venir. Désormais, l’objectif est de ramener le déficit public à 4,6 % du PIB en 2026, puis progressivement 4,1 % en 2027, 3,4 % en 2028 et de conserver le cap des 2,8 % en 2029.
En ce qui concerne la charge de la dette, elle est estimée à 53 milliards d’euros en 2025 mais sa trajectoire reste incertaine. Dans ces conditions, l’inversion du ratio dette/PIB annoncée pour 2028 nous semble très aléatoire.
S’agissant des hypothèses de croissance, je reconnais un peu plus de réalisme que dans les prévisions des précédents gouvernements. Le Gouvernement table désormais sur 0,7 % pour 2025, puis entre 1,2 % et 1,4 % les années suivantes.
Personnellement, je regrette que le Gouvernement table sur une fourchette haute plutôt que sur une fourchette basse, car il faut rester lucide : ni la conjoncture internationale, ni le poids croissant du dérèglement climatique sur notre économie, ni les tendances démographiques actuelles ne justifient un optimisme excessif s’agissant de notre croissance.
Sur les économies annoncées (40 milliards d’euros d’ici 2026) le flou reste trop important. Les mesures concrètes font cruellement défaut et les tableaux de suivi restent désespérément vides. Pire encore : les rares mesures identifiées frappent toujours les mêmes. Réforme de l’assurance chômage, de l’assurance-maladie, des retraites… autant de reculs sociaux que le Gouvernement, dans un exercice de cynisme, préfère présenter sous le label de « soutien à l’emploi ».
Plus fondamentalement, le Gouvernement ne prend pas la mesure de la gravité de la crise budgétaire qu’il a lui-même provoquée. Il persiste à écarter toute réponse sérieuse, qu’il s’agisse de remettre en cause les dépenses fiscales inefficaces ou de faire davantage contribuer les grandes entreprises et les ultra-riches sur le modèle de la taxe Zucman. Il préfère reporter l’effort sur celles et ceux déjà durement touchés par les reculs sociaux.
Ce document est une démonstration supplémentaire de ce qu’est le macronisme : un ni-ni qui se veut équilibré, mais qui, en réalité, défend les intérêts des plus puissants tout en exigeant toujours plus de ceux qui supportent déjà l’essentiel du fardeau.
Par ailleurs, ce RAA consacre plusieurs pages à une analyse par sous-secteurs des administrations publiques. On y lit que les collectivités territoriales seraient responsables d’une large part du dérapage. C’est une lecture partielle, voire erronée de la situation. En réalité, elle résulte principalement de l’accélération des investissements locaux en amont des élections municipales ; un cycle récurrent et utile.
Ces dépenses ne sont pas des dérives, mais des investissements d’avenir : équipements publics, transition énergétique, services de proximité. Les collectivités jouent leur rôle essentiel d’aménageurs du territoire et de remparts sociaux. Il est donc temps d’arrêter d’opposer État et collectivités !
En conclusion, je suis convaincue, tout comme le groupe SER, que cette spirale négative ne sera brisée que par un réel changement de cap. Le nécessaire redressement de nos finances publiques ne peut pas se faire au détriment des investissements.
Nous devons oser investir massivement dans notre appareil productif, notre formation professionnelle, notre défense, ainsi que dans les transitions écologique et numérique. Car c’est précisément cette absence d’investissements qui condamne notre économie à la stagnation et nos finances publiques au déficit chronique.
Cette relance exige une réforme fiscale courageuse, mettant fin aux privilèges qui privent l’État de ressources nécessaires. Elle implique surtout de rompre avec cette logique absurde qui consiste à économiser sur l’avenir tout en gaspillant le présent.